Revenons aux NEET ! - Par Abdeslam Seddiki

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Les principales caractéristiques de ces NEET sont : la féminisation, (près des trois quarts sont des jeunes filles ou des femmes précocement mariées) ; le faible niveau d’instruction (environ 40% d’entre eux ont un niveau d’éducation nul ou inférieur au collège, et 8% seulement ont un niveau supérieur) ; et la durabilité (un jeune qui rejoint les NEET, il y restera pour longtemps notamment en milieu rural). 

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Le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) vient de publier un rapport sur les jeunes NEET, intitulé "Les jeunes NEET : quelles perspectives d’inclusion socioéconomique".  Ce rapport, basé sur les données du HCP de 2022, vient attirer de nouveau l’attention des pouvoirs publics sur un sujet on ne peut plus préoccupant puisqu’il intéresse une frange de la population (15-24 ans) particulièrement vulnérable et susceptible de se faire entrainer dans des aventures risquées. 

Le sujet n’est pas nouveau, il a fait l’objet de plusieurs rapports par le passé : outre les enquêtes régulières du HCP sur l’emploi, qui mentionnent le cas des NEET, on soulignera l’étude détaillée réalisée par l’ONDH (Observatoire National du Développement Humain) en collaboration avec l’UNICEF, étude que nous avions largement commentée dans une chronique publiée en juin 2021 sous le titre « Les NEET, un problème sociétal qui appelle des solutions urgentes. », en présentant brièvement quelques solutions  qui se retrouvent dans les propositions du CESE.

En termes de description  du  phénomène, les études réalisées par le HCP et l’ONDH sont beaucoup plus détaillées  que le rapport du CESE  et ce pour au moins deux raisons : d’abord au niveau des « profils des NEET », l’étude de L’ONDH est plus pointue en ce qu’elle distingue cinq catégories de NEET: les femmes rurales au foyer à responsabilité familiale (54,3% des NEET), les jeunes citadins découragés (25%), les NEET en situation de transition (7,8%), les NEET volontaires par choix (7,5%), et les NEET souffrant de problèmes de santé (5,1%) ;  ensuite au niveau de la répartition  régionale, l’enquête du HCP offre des indications utiles pour définir et conduire des politiques régionales et locales en la matière. On pourrait, par conséquent, se questionner sur l’intérêt de cette nouvelle étude du CESE et sur sa valeur ajoutée par rapport à l’existant ?

En effet, l’étude, émanant d’une instance constitutionnelle composée de représentants des travailleurs, du patronat, de la société civile et des milieux académiques, trouve son intérêt dans le fait qu’elle vient secouer le cocotier d’une part, et apporter des propositions pour une inclusion socioéconomique de cette frange de la population d’autre part.

Rappelons, pour rassurer le Chef du Gouvernement qui a apparemment mal digéré l’étude du CESE coïncidant avec le débat parlementaire autour du bilan de l'exécutif à mi-mandat, que les NEET ne sont ni un phénomène propre au Maroc, ni le produit des orientations de l’actuel gouvernement.  On ne lui reproche donc pas d’avoir « enfanté » les NEET, mais plutôt de ne pas avoir accordé tout l’intérêt au désamorçage d’un problème sociétal majeur. 

En effet, la situation des NEET, acronyme anglais « Not in Education, Employment or Training » signifiant jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en stage touche un jeune sur quatre de la tranche d’âge 15-24 ans, ce qui représente un effectif total de 1,502 million de jeunes en 2022. Sur près d’une décennie, le taux de jeunes NEET est passé de 29 % à 25,2 %, témoignant d’une baisse de 4 points. Cependant, bien que ce taux s’avère en deçà de la moyenne des pays à revenu intermédiaire, tranche inférieure (28%), il demeure toutefois plus élevé que la moyenne des pays à revenu intermédiaire tranche supérieure (19,6%) et de celle des pays de l’OCDE (14,8%). 

Les principales caractéristiques de ces NEET sont : la féminisation, (près des trois quarts sont des jeunes filles ou des femmes précocement mariées) ; le faible niveau d’instruction (environ 40% d’entre eux ont un niveau d’éducation nul ou inférieur au collège, et 8% seulement ont un niveau supérieur) ; et la durabilité (un jeune qui rejoint les NEET, il y restera pour longtemps notamment en milieu rural). 

D’une façon générale, le problème des NEET se réduit à la problématique du monde rural (avec l’abandon scolaire) et à l’insertion de la femme marocaine dans la vie active. Et si les gouvernements successifs, l’actuel comme ceux qui l’ont précédé, ne sont pas parvenus à améliorer le taux d’activité chez les femmes, c’est parce qu’ils n’ont pas pris suffisamment en considération ces données structurelles pour traiter le sujet avec détermination et esprit de suite.  A ce titre, plutôt que de les ignorer sous prétexte qu’elles sont « difficilement applicables », il est important de tenir compte des propositions du CESE qui ont le mérite d’enrichir le débat. Le changement de cap est par définition une œuvre ardue et difficile, et le chemin qui y mène est rarement dépourvu d’embûches.

Toutefois, le gouvernement actuel, reconnaissons-le, a eu le courage de se donner comme objectif de porter le taux d’activité de la femme à 30 % à la fin du mandat (2026) au lieu de 20% en 2021. Mais c’est l’inverse qui s’est produit : ce taux a reculé à 19% en 2023. La cause de ce revers est claire : on s’est fixé un objectif louable et séduisant sans se pencher sur les moyens d’y parvenir. Heureusement, il n’est jamais trop tard pour rectifier le tir, en s’inspirant notamment du travail réalisé par le CESE qui émet cinq propositions  : le renforcement des capacités de repérage et de suivi des jeunes NEET ; la mise en place de mesures préventives pour éviter que de nouvelles catégories de jeunes ne se retrouvent en situation de NEET ;  le développement d’un écosystème élargi pour accueillir et orienter les jeunes NEET vers des options personnalisées répondant à leurs besoins spécifiques ; l’amélioration de la qualité et de l’efficacité des services et programmes d’insertion des jeunes NEET ; et la définition d’un cadre de gouvernance clair. Ces propositions méritent d’être étudiées davantage et enrichies de plus belle. 

 Néanmoins, le CESE a omis de lier ses propositions à l’existant ne serait-ce que pour rechercher des synergies et raccourcir les délais de réalisation.  L’expérience montre que sur certaines questions, un simple ajustement suffit pour avoir des résultats probants.  Par conséquent, utiliser l’expression « mise en place » laisserait entendre que rien n’est encore en place et que tout reste à faire. Ce qui n’est pas toujours le cas, fort heureusement ! 

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