Sénégal: Sall défend le report des élections, la contestation se poursuit, trois morts signalés

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Un manifestant et gaz lacrymogènes lors d'affrontements avec la police en marge d'une manifestation contre le report à la dernière minute des élections présidentielles à Dakar, le 9 février 2024. Le 8 février 2024, le parlement a soutenu la décision soudaine du président de reporter de 10 mois l'élection du 25 février, déclenchant une vive réaction de l'opposition et l'inquiétude de la communauté internationale. (Photo GUY PETERSON / AFP)

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Dakar - Le Président sénégalais, Macky Sall, a défendu sa décision de reporter les élections prévue initialement le 25 février et repoussée au 15 décembre et s’est dit "prêt à passer le relais".

Dans une interview accordée à l’Associated Press AP, et relayée par des médias locaux, Macky Sall a rejeté les allégations selon lesquelles la décision était inconstitutionnelle et qu’il avait créé une crise constitutionnelle.

Selon lui, le Sénégal avait besoin de plus de temps pour résoudre les controverses concernant la disqualification de certains candidats et un conflit entre les pouvoirs législatif et judiciaire.

Le chef de l’Etat a nié qu’il cherchait à s’accrocher au pouvoir. "Je ne cherche absolument rien d’autre que de laisser un pays en paix et stable", a dit M. Macky Sall dans cette interview.

"Je suis tout à fait prêt à passer le relais. J’ai toujours été programmé pour cela", a-t-il lancé, précisant que sa décision d’intervenir était nécessaire pour éviter que le chaos électoral ne s’aggrave.

"Je ne veux pas laisser derrière moi un pays qui va immédiatement plonger dans des difficultés majeures", a déclaré M. Sall.

"Je dis maintenant que je vais travailler pour l’apaisement, pour les conditions qui permettront au pays d’être pacifique … tenons tous des discussions inclusives avant d’aller aux élections", a-t-il ajouté.

C’est la première fois depuis 1963 qu’une présidentielle au suffrage universel direct est reportée au Sénégal.`

Le mouvement de contestation se poursuit

Le mouvement de contestation ne faiblit pas au Sénégal, dans la tourmente depuis le report surprise de l'élection présidentielle, après des manifestations dont la répression a fait trois morts.

A Ziguinchor, un "jeune de 19 ans a reçu un projectile sur la tête et il est décédé de ses blessures à la réanimation hier soir", a déclaré à l'AFP un responsable hospitalier sous couvert d'anonymat. "Il y a eu plusieurs blessés graves pendant les manifestations et l'un est décédé. Il a été atteint d'une balle à la tête", a affirmé à l'AFP Abdou Sané, coordinateur du parti de l'opposition Pastef à Ziguinchor.

Une enquête a été ouverte après la mort vendredi d'un étudiant en géographie à Saint-Louis (nord) dans des circonstances encore non élucidées, et un vendeur ambulant a succombé à ses blessures samedi à Dakar, victime selon ses proches d'un tir de gendarme la veille.

Une nouvelle manifestation lancée par un collectif de la société civile, Aar Sunu Election ("Protégeons notre élection") est prévue mardi.

Le président Macky Sall a pris de court tout le monde en reportant les élections à trois semaines du scrutin, une décision entérinée par l'Assemblée nationale qui voté un ajournement de l'échéance électorale au 15 décembre, après avoir expulsé par la force les députés de l'opposition.

L'Assemblée a aussi voté le maintien au pouvoir de M. Sall jusqu'à la prise de fonctions de son successeur, vraisemblablement début 2025. Son deuxième mandat expirait officiellement le 2 avril.

"Coup d'Etat constitutionnel" 

Ce report a soulevé une indignation largement partagée sur les réseaux sociaux, l'opposition criant au "coup d'Etat constitutionnel".

Les partenaires internationaux du Sénégal ont marqué leur préoccupation et appelé à organiser des élections le plus rapidement possible.

Dans un entretien au quotidien La Tribune, à paraître dimanche, le ministre sénégalais des Affaires étrangères Ismaïla Madior Fall a indiqué qu'il s'était entretenu avec son homologue français Stéphane Séjourné vendredi après-midi.  "Nous avons abouti à une compréhension commune de la situation", a-t-il affirmé.

La coalition du candidat antisystème Bassirou Diomaye Faye, qui a reçu le soutien de la figure de l'opposition Ousmane Sonko, a dénoncé "la brutalité des forces de sécurité qui ont exercé des violences inouïes".

Vendredi, des manifestations d'ampleur contre le report des élections ont eu lieu dans tout le Sénégal, aussitôt dispersées par les forces de sécurité.

Dans la capitale, la police a fait un usage de gaz lacrymogènes pour tenir à distance les personnes. Des manifestants ont riposté en lançant des pierres et en érigeant des barricades avec des objets de fortune.

Le décès vendredi dans la ville historique de Saint-Louis d'un étudiant, Alpha Yoro Tounkara, 22 ans, a suscité une vive émotion. Des centaines de ses camarades de l'université Gaston Berger ont veillé et prié toute la nuit.

Les circonstances de sa mort ne sont pas encore connues mais le procureur de la République de Saint-Louis a annoncé l'ouverture d'une enquête. Le ministre de l'Intérieur a assuré dans un communiqué "que les forces de défense et de sécurité ne sont pas intervenues dans le campus universitaire où le décès est survenu".

Tué par balle 

Modou Gueye, 23 ans, est la deuxième victime des manifestations. Il était un marchand ambulant à Colobane, un quartier animé de Dakar, où il vendait des maillots et des drapeaux. "Il y a eu des tirs de grenades lacrymogènes, et ensuite on est allé à la gare du TER de Colobane pour rentrer", a raconté à l'AFP son frère, Dame Gueye.

"C’est là-bas qu'un gendarme lui a tiré une balle réelle au ventre" vendredi, a-t-il affirmé. "C’est moi qui lui ai tenu son sac quand il est tombé", a-t-il dit.

"Il a subi deux opérations cette nuit et malheureusement, il a succombé à ses blessures ce matin" samedi, a précisé à l'AFP Mbagnick Ndiaye, son beau-frère.

L'information n'a pas été confirmée par les autorités.

Le Sénégal a été régulièrement secoué depuis 2021 par des épisodes de contestation liées à des procédures judiciaires contre Ousmane Sonko, aujourd'hui incarcéré, avec des dizaines de personnes tuées et des centaines arrêtées. (Quid avec MAP et AFP)