Inondations meurtrières en Libye: héritage d'années de guerre et de chaos ont lequel ‘’ la communauté internationale’’ a plongé le pays Une image

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Une image publiée sur les réseaux sociaux par la chaîne de télévision libyenne al-Masar le 13 septembre montre un homme réagissant à côté d'un véhicule détruit à la suite des inondations provoquées par la tempête méditerranéenne "Daniel" qui a frappé la ville de Derna, dans l'est de la Libye.. (Photo par Al-Masar TV / AFP

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L'aide internationale à la Libye s'intensifie jeudi après les inondations dévastatrices rappelant un tsunami qui ont fait des milliers de morts et de disparus dans l'Est du pays, un bilan que l'ONU attribue en partie à l'héritage d'années de chaos et de guerre décidée, faut-il le rappeler, par ‘’ la communauté international’’ et menée notamment par la France et le Royaume Uni.

La plupart des morts "auraient pu être évitées", a estimé jeudi Petteri Taalas, patron de l'Organisation météorologique mondiale qui dépend de l'ONU. Les années de conflit en Libye ont "en grande partie détruit le réseau d'observation météorologique", tout comme les systèmes informatiques, a-t-il déclaré à Genève. "Les inondations se sont produites et aucune évacuation n'a eu lieu car les systèmes d'alerte précoce appropriés n'étaient pas en place", a-t-il ajouté.

Le déferlement d'eau dans la nuit de dimanche à lundi à Derna a rompu deux barrages en amont et provoqué des dégâts énormes dans cette ville côtière de 100.000 habitants où des pâtés de maisons entiers, des voitures et un nombre incalculable de personnes ont été emportés dans la mer Méditerranée.

Des centaines de sacs mortuaires sont maintenant alignés dans les rues maculées de boue, dans l'attente d'une inhumation des victimes. Des habitants traumatisés et en deuil recherchent des proches disparus dans des bâtiments en ruine et des bulldozers évacuent des débris.

Emportés par les flots 

Cependant, l'accès à la zone sinistrée reste très difficile après la destruction de routes et de ponts, les dommages causés aux lignes électriques et téléphoniques coupées dans de vastes zones, où au moins 30.000 personnes se sont retrouvées sans abri.

De plus, ce pays d'Afrique du Nord est plongé dans le chaos depuis la mort du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, avec deux gouvernements rivaux, l'un reconnu par l'ONU basé dans la capitale Tripoli, à l'ouest, l'autre étant installé dans la région orientale touchée par les inondations.

Un rescapé a raconté comment sa mère et lui avaient survécu. "En quelques secondes, le niveau de l'eau est soudainement est monté. Je suis sorti avec ma mère pour me réfugier chez mon frère qui habite au-dessus, mais les flots nous ont emportés (...) avant de nous projeter sur un escalier d'un bâtiment vide, à quatre maisons de la nôtre", a-t-il dit sur son lit d'hôpital, selon un témoignage publié par le Centre médical de Benghazi (Est).

"Nous avons monté l'escalier et l'eau montait avec nous jusqu'à ce que nous arrivions au quatrième étage (...). De la fenêtre, je voyais des voitures et des corps emportés par l'eau", a-t-il ajouté.

Les bilans avancés par les autorités libyennes varient d'un responsable à l’autre. Si le porte-parole du ministère de l'Intérieur au sein du gouvernement de l'Est a fait état mercredi de plus de 3.840 morts, le ministre lui-même, Issam Bouznigua, a parlé quelques heures plus tard de 2.794 morts à Derna et dans les autres villes de l'Est. Le ministre de la Santé Othman Abdel Jalil avait dit lui s'attendre lundi soir à un bilan de 10.000 morts.

"Changement climatique" 

Des experts du changement climatique ont établi un lien entre le désastre qui a frappé cette région de Libye et les effets d'une planète qui se réchauffe, combinés à des années de chaos et de délabrement des infrastructures en Libye.

La tempête Daniel, qui a provoqué les inondations, a pris de l'ampleur au cours d'un été exceptionnellement chaud et s'était abattue sur la Turquie, la Bulgarie et la Grèce, avant d'atteindre la Libye dimanche.

Il s'agit d'un "nouveau rappel de l'impact meurtrier catastrophique que le changement climatique peut avoir sur notre monde", a déclaré Volker Turk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.

C'est la pire catastrophe naturelle touchant la Cyrénaïque, province orientale de la Libye, depuis le grand tremblement de terre qui a frappé la ville d'al-Marj (est) en 1963.

Dans le pays comme depuis l'étranger, la mobilisation est forte pour aider les victimes.

Un avion français transportant une quarantaine de sauveteurs et plusieurs tonnes de matériel sanitaire, dont un hôpital de campagne, a été affrété. L'Egypte va pour sa part installer des camps dans l'ouest du pays pour abriter les survivants des inondations. (Quid avec AFP)