Journée nationale de l’architecte : Le ''testament'' de Hassan II toujours d’actualité

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Rabat - Célébrée le 14 janvier, la Journée nationale de l'architecte a placé cette année le patrimoine architectural et urbanistique au cœur de la réflexion sur les problématiques de développement concernant les villes et l'habitat humain en général. Le moment, une fois pour toute, de mettre fin au désordre architectural qui marque l’urbanisation du Maroc.

Le 14 janvier 1986, Feu Hassan II adressait au corps des architectes un discours historique qui demeure une référence de par sa vision profonde où se ressourcent régulièrement les architectes. Cette vision sur l’architecture est sans aucun doute encore actuelle dans les relations entre l’architecte et les différentes composantes de la société. La date du 14 janvier a été décrétée, depuis, Journée Nationale de l’Architecte.

Dans son discours, le défunt Souverain a exprimé son intérêt pour la réalisation des villes tout en précisant que les différentes dynasties, qui se sont succédé au Maroc, ont toujours accordé la plus grande importance au secteur de l’édification et de l’urbanisme, annonçant à cette occasion la création de l’Ordre des architectes et la promulgation d’une loi spécifique à la profession d’architecte.

En plus de la commémoration de l’anniversaire du discours royal de 1986, le corps des architectes, célèbre également l’anniversaire du message royal qui leur a été adressé par SM le Roi Mohammed VI, le 18 janvier 2006.

Dans ce message, SM le Roi Mohammed VI a notamment évoqué la Haute sollicitude royale envers cette profession, tout en rappelant le rôle déterminant des domaines de l’habitat et de l’urbanisme dans le développement humain et dans l’édification de la société marocaine moderne et en soulignant la place capitale des architectes dans le développement économique et social du pays.

Depuis 2016, et afin de donner un nouveau souffle à cette commémoration, le Ministère de l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville et le Conseil National de l’Ordre des Architectes ont décidé d’organiser le Festival de l’Architecture, dont le coup d’envoi est donné à l’occasion du 14 janvier et qui met à l’honneur une des régions du Royaume.

Sous le patronage du Roi Mohammed VI, la région de Tanger-Tétouan-Al-Hoceima abritera cette année du 14 au 18 janvier 2019, le 34ème anniversaire de la Journée Nationale de l’Architecte, et la 3ème édition du Festival de l’Architecture, placés sous le thème : "Le patrimoine architectural et urbanistique, levier de développement territorial".

"Le patrimoine architectural et urbanistique du Maroc offre des espaces intelligents conformément aux définitions actuelles en la matière, au vu du choix de leurs sites, de la répartition de leurs activités, de la nature des matériaux employés et des cultures constructives adoptées", explique le directeur de la direction de l'architecture au ministère, Réda Guennoun, soulignant que le débat ouvert aujourd’hui trouve son fondement dans une vision globale de l’aménagement du territoire, qui considère le patrimoine non comme un simple héritage ou une composante régionale dissociée de son contexte générateur, mais plutôt comme un véritable tremplin et un réel levier pour le développement local.


Doté d'un patrimoine architectural exceptionnel de plus de 30 médinas plusieurs fois centenaires, une vingtaine de centre-villes datant du début du 20ème siècle, des milliers de villages ruraux, en plus des Ksour et des Kasbahs s’étendant sur près de deux mille kilomètres, tous ces espaces témoignent de grandes valeurs à travers un patrimoine architectural fruit et résultat de la sédimentation de nombreuses civilisations.

Cependant, M. Guennoun relève que sous les effets conjugués du temps et de l’usage, ce patrimoine connaît un processus de dégradation accru affectant aussi bien ses bases structurelles que son cadre architectural, portant atteinte à la qualité du cadre de vie et aux valeurs patrimoniales qu’il véhicule, un état de fait qui a nécessité la mise en place d’outils de sauvegarde et de développement spécifiques à même de revitaliser ce tissu dans son contexte local, régional voire national.

La question du patrimoine est placée au cœur des préoccupations du Ministère et figurent parmi les priorités du programme gouvernemental 2016-2021, a-t-il poursuivi, rappelant les actions entreprises pour mettre en place des visions de développement et de sauvegarde du patrimoine.

De son côté, le président du Conseil national de l’Ordre des Architectes, Azzedine Nekmouche, endosse, malgré les nombreux dysfonctionnements qui touchent à la profession d'architecte, la responsabilité de l’architecte qui se résume à aider son pays à réaliser "une société viable, une société où il fait bon vivre et où tout citoyen ait accès à une architecture décente qui lui permette de s’épanouir dans son environnement".

Dans ce sens, il a appelé à réhabiliter et préserver le patrimoine aussi bien rural que urbain, car le patrimoine étant un "levier de développement économique et social très important", relevant que le monde rural représente un défi pour la profession en matière de rétablissement de l'identité spécifique de chaque région.

M. Nekmouch a fait constater à cet effet que la question de l'informel handicape beaucoup la profession et lève le voile sur l'amateurisme et le manque de professionnels dans le secteur et surtout d’organisation, souhaitant que l’éthique de la profession soit rétablie, et que tous les intervenant dans le bâtiment soient qualifiés et professionnalisés, en affiliant chaque spécialité dans un corps professionnel. "L'enjeu est double: d'une part on lutte contre l'informel et d'autre part on oeuvre pour préserver les artisans spécialisés dans le patrimoine et à qui on concède une dignité et une reconnaissance professionnelle", a-t-il dit.

Après avoir exprimé sa satisfaction quant au nouveau rapprochement entre la profession et l'administration, M. Nekmouch a plaidé en faveur d'une collaboration plus soutenue. "L'administration doit considérer que nous sommes des collaborateurs que nous pouvons mettre nos compétences à sa disposition, l’instance est là pour aider à la prise de décision", lance-t-il, mettant l'accent sur la nécessité de développer de nouvelles approches collaboratives qui permettront aux architectes de travailler conjointement avec l'administration sur les questions relatives à la réhabilitation et à la sauvegarde du patrimoine. 

La journée nationale de l'architecte est célébrée le 14 janvier de chaque année, en commémoration du discours prononcé le 14 janvier 1986 par feu SM Hassan II à Marrakech devant le corps des architectes, dans lequel le défunt Souverain a souligné la nécessité de développer la conception architecturale marocaine, de manière à préserver la diversité du patrimoine national.