Le remaniement a enfin eu lieu : et après ?

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Après plus de deux mois d’attente et d’attentisme, le remaniement ministériel a finalement eu lieu et le « nouveau » gouvernement, ramassé et relooké, voit le jour. Comme le temps presse et les échéances se rapprochent, il est rentré en fonction avant même que la passation des pouvoirs n’ait eu lieu. Ainsi, un Conseil des Ministres, présidé par le Roi, s’est tenu dans la foulée pour adopter les grandes orientations du projet de loi de finances 2020, lequel projet sera déposé devant le parlement le 20 octobre prochain.

L’exposé circonscrit présenté par le Ministre de l’économie, des finances et de la réforme de l’administration, bien qu’il s’inspire des derniers discours du Souverain, reprend globalement les mêmes priorités définies auparavant par la loi de cadrage.  Celles-ci sont au nombre de quatre : la mise en œuvre effective de la loi cadre relative à la réforme du système d’éducation et de formation ; la mise en place des mécanismes de protection sociale, le soutien de la classe moyenne et le renforcement du ciblage des catégories démunies ; l'accélération de la mise en œuvre de la régionalisation ; imprimer une nouvelle dynamique à l'investissement et au soutien de l'entreprise.

 On le voit, c’est un projet qui est apparemment à forte teneur sociale et ne peut par conséquent que répondre aux attentes et aux préoccupations des citoyens. On attendra cependant de connaitre les détails dans lesquels se cache le diable, pour voir dans quelles mesures ces priorités se traduisent en actions concrètes et en chiffres réels. 

Si le « nouveau » gouvernement réussit dans cette épreuve, celle de mener à bien les réformes envisagées dans un laps de temps relativement court, on pourra dire qu’il a réalisé ce qu’on attendait de lui. Mais au regard de sa composition, on a mille raisons d’en douter. Car à l’évidence, nous ne sommes pas réellement en face d’un nouveau cabinet. On a repris  pour l’essentiel les mêmes et on repart. Contrairement à toute attente,  peu de sang neuf fut injecté dans la nouvelle équipe. Les nouvelles « compétences » se comptent sur les doigts d’une seule main. Au total, on dénombre six nouveaux rentrants chargés des secteurs névralgiques comme la santé, l’emploi, l’habitat, la jeunesse et sports, le tourisme, l’économie sociale et l’enseignement supérieur. C’est dire l’ampleur de la tâche qui attend les nouveaux Ministres. 

Dans l’ensemble, le temps dont dispose le gouvernement El Othmani bis est relativement court : pas plus d’une année, sachant que l’année 2021 sera une année électorale par excellence : le renouvellement des instances communales et régionales, les élections professionnelles,  le renouvellement du tiers de la Chambre des Conseillers et l’élection des nouveaux membres de la Chambre des Représentants. Si le gouvernement n’est pas impliqué dans son ensemble dans cette opération, avouons qu’une bonne partie le sera. D’ailleurs, tous les pays démocratiques connaissent ce ralentissement du rythme de travail durant la phase préélectorale marquée généralement par des surenchères électorales et  des mesures politiciennes à caractère électoraliste.

En outre, le gouvernement, exposé à la pression populaire qui est loin de se relâcher, sera acculé à parer au plus pressé et à agir en « pompier »  renvoyant à plus tard l’une des tâches fondamentales qui ont justifié le remaniement à savoir le lancement de nouveaux projets structurants et la réalisation des réformes de structure dont le pays a grandement besoin pour le mettre sur le sentier vertueux de la croissance.

Aussi, l’une des difficultés que l’actuel gouvernement aura à affronter, et non des moindres,  réside justement dans l’arbitrage entre l’action court-termiste et la vision stratégique à moyen-long terme. A force de vouloir agir sur ces deux fronts à la fois, il risquerait de rater le coche rendant ainsi inefficient le remaniement dont le coût d’opportunité est loin d’être négligeable. Et par-dessus tout, il n’aura pas retrouvé cette confiance populaire qui a tellement fait défaut à l’ancienne équipe. D’autant plus que les guéguerres et les passes d’armes entre les principaux partis de la coalition auxquelles on a assisté par le passé ont repris de plus belle au lendemain de l’ouverture de la session parlementaire.  Ces dissensions risqueraient de s’attiser d’avantage au fur et à mesure que l’on s’approche des échéances électorales. Ce qui mettrait à mal encore une fois l’homogénéité éphémère et fragile de ce gouvernement. C’est dire que nous sommes en face d’une opération à haut risque et aux résultats hypothétiques. 

Pour l’heure, contentons-nous d’observer la nouvelle équipe El Othmani sur le terrain en lui accordant le délai de grâce habituel des 100 jours. Passé ce délai, chacun sera en mesure de le juger sur pièce et en connaissance de cause. Il va sans dire que dans l’intérêt de notre pays et pour le bien-être de notre peuple, nous lui souhaitons le succès dans sa mission.