Brexit : la saga la plus imprévisible de l'histoire politique moderne (Par Nabila Zourara)

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Londres - Moins de deux semaines seulement nous séparent de la sortie tant attendue du Royaume Uni de l'Union européenne et trois ans se sont déjà écoulés depuis le vote des 17,8 millions de Britanniques (51,9% des suffrages) en faveur du British-Exit, dit Brexit, mais le sort de la Grande Bretagne n'est pas encore défini.

Après plus de trois ans de négociations laborieuses et de "va et vient" entre Londres et Bruxelles, les deux parties ne sont pas encore parvenues à conclure un accord. Personne ne peut donc prédire ce qui va arriver d'ici le 31 octobre, date prévue du retrait du Royaume Uni du bloc des 27.

Que se passera-t-il après le 31 octobre ? Le pays quitterait-il l'Union européenne sans accord ? Le parlement britannique voterait-il en faveur d'un nouveau report? Et le gouvernement lancerait-il un second référendum ou convoquerait-il de nouvelles élections générales? Pour les plus optimistes, Il faut bien s'attendre à ce que les négociations en cours avec Bruxelles aboutissent à un accord sur le Brexit, pour les moins réalistes, les Britanniques renonceraient-ils au Brexit? Tant de questions cruciales, qui laissent présager des scénarios tout à fait contradictoires, dont les conséquences seraient absolument imprévisibles et dont l'impact serait forcément considérable sur l'avenir du pays et au-delà.

Jamais un pays européen n'a été entraîné dans une crise pareille. Depuis que la première ministre sortante Theresa May a activé l'article 50 du Traité de Lisbonne enclenchant le processus du Brexit, la situation d'incertitude qui sévit dans le pays a non seulement exacerbé les craintes mais elle a surtout épuisé les milieux économiques.

Interrogée par la radio française "Franceinfo" Chris Mason, une journaliste de la BBC, qui anime le podcast Brexitcast, a déclaré qu'"elle a l'impression de travailler sur le Brexit depuis une éternité".

C'est" peut-être depuis le jour où j'ai a appris à marcher".."Désormais, on utilise tous les jours un mot qui n'existait même pas il y a cinq ans !" a déclaré la journaliste qui suit ce dossier houleux depuis 2015, alors que la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'était qu'une "idée vague".

La lenteur du processus et la situation d'ambiguïté qui ont surtout affecté les entreprises et l'économie nationale se reflètent aussi dans les cours oscillatoires à la bourse de Londres.

D'ailleurs, la livre sterling qui a poursuivi ses dégringolades depuis le référendum en faveur du Brexit il y'a trois ans, a grimpé la semaine dernière au plus haut niveau en trois mois, au lendemain d'une envolée provoquée par un regain d'optimisme sur le Brexit, n'a pas tardé à basculer à nouveau face aux autres devises.

La monnaie britannique qui a bondi jeudi et vendredi, prenant sur les deux jours 3,8% face au dollar et 3% face à l'euro, des niveaux d'une ampleur jugée colossale par les économistes, a cédé lundi 0,78% face au billet vert à 1,2572 dollar, et 0,70% face à l'euro à 87,73 pence pour un euro, après que les négociateurs en chef britannique et européen eurent annoncé qu"il reste encore beaucoup à faire", pour parvenir à un accord.

La crise du Brexit a non seulement plongé le pays dans l'incertitude, sapé la monnaie nationale et contraint de nombreuses sociétés basées au Royaume Uni à délocaliser leurs activités en dehors du pays, mais elle a aussi contraint la Reine à trancher dans les querelles politiques.

Celle-ci a dû intervenir deux fois, à contrecœur, en pleine crise à Westminster, d'abord pour approuver une loi demandant un nouveau report du Brexit, ensuite pour promulguer la suspension du Parlement jusqu'à deux semaines du Brexit à la demande de Boris Johnson.

Une décision, qui a d'ailleurs suscité tant d'indignation de la part de la classe politique hostile à une sortie sans accord, avant d'être annulée par une Cour britannique, permettant ainsi aux députés de siéger à nouveau et reprendre en main le dossier du Brexit.

Alors que la date du Brexit s'approche dangereusement, le Royaume Uni et l'Union européenne se sont engagés dans des pourparlers intensifs la semaine dernière, après des réunions laborieuses entre leurs négociateurs en chef respectifs.

Bien que Londres et Bruxelles s'étaient montrés prudents dimanche sur leurs chances d'éviter une sortie désordonnée, dont les conséquences seraient catastrophiques pour l'économie britannique et encore pas moins pour l'Union européenne, les négociations intensives à Bruxelles durant le week-end dernier n'ayant pas permis d'enregistrer de percée remarquable sur la question de la frontière irlandaise.

Toutefois, le négociateur de l'Union européenne Michel Barnier a souligné dans un communiqué publié dimanche à l'issue des négociations tenues ce week-end à Bruxelles avec son homologue anglais, David Frost, que "les pourparlers techniques se poursuivent" en vue de parvenir à un accord sur le Brexit, qualifiant les discussions entre les deux parties de "constructives".

C'est donc la dernière ligne droite pour Londres, alors que les dirigeants européens souhaitent avoir une proposition complète sur-laquelle ils pourront se prononcer jeudi et vendredi, lors d'un sommet décisif à Bruxelles, offrant une dernière chance de trancher dans ce dossier ou ouvrir la voix à un troisième report, qui prolongera à nouveau la saga du Brexit.

Un scénario toutefois rejeté par le premier ministre Boris Johnson qui n'a pas cessé de réitérer son seul et ultime objectif depuis son entrée à Downing Street : "mettre en oeuvre le Brexit". Lui qui a été l'un des grands artisans de la victoire du Brexit au référendum de juin 2016 a affiché sa forte détermination depuis un mois à arracher un nouvel accord de Bruxelles, qui éviterait la disposition litigieuse du filet de sécurité, destinée à empêcher le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord.

Une détermination qui a été confirmée par la Reine Elizabeth II, qui a insisté lundi qu'une sortie du Royaume-Uni de l'UE le 31 octobre est la "priorité" du gouvernement britannique.

"Mon gouvernement prévoit de travailler à la mise en place d'un nouveau partenariat avec l'Union européenne sur la base du libre-échange et d'une coopération amicale", a noté la monarque qui se fait porte-parole du Premier ministre, Boris Johnson, dans son discours présentant le programme gouvernemental à la Chambre des communes, comme il est de tradition lors de la rentrée parlementaire.

Le programme du gouvernement qui prévoit également de nouveaux régimes en matière de pêche, d'agriculture et de commerce après la sortie de l'UE, sera débattu ces prochains jours avant un vote programmé pour la semaine prochaine.

Pour de nombreux observateurs, les politiques du nouveau dirigeant conservateur aussi imprévisibles et radicales soient-elles, elles pourraient peut-être bien faire sortir le pays de l'impasse et mettre un terme à la situation d'incertitude actuelle.

Bien que l'ambiguïté ait atteint son comble, une réalité est certaine : la saga qui a duré plus de trois ans n'a pas l'air de s'achever. Même si le chef du gouvernement conservateur parvienne à conclure un accord avec Bruxelles, il lui restera la lourde mission de rallier le parlement britannique autour de son projet. Les observateurs de la scène politique britannique qui n'auront aucune réponse claire avant le 31 octobre, n'ont de choix que d'attendre.

*MAP