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Réforme de la gestion universitaire : enseignant et étudiant se préparent à une rentrée sous tension
Nommé en octobre 2024, c’est une année plus tard, que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Azeddine Midaoui, va faire sa véritable rentrée en ayant à gérer une fronde où il risque de se retrouver simultanément en face des anciens/ futurs compères et les étudiants
Le projet de loi 59.24 relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique publiée et transmis, le 8 août 2025, par le Secrétaire général du gouvernement aux ministres, en vue de sa présentation au Conseil du gouvernement, a provoqué sans attendre la colère est des enseignants-chercheurs et les syndicats universitaires. Mais aussi celle des étudiants ce qui augure d’une rentrée sous tension. Entre crainte de la perte de l’autonomie des universités et spectre d’une privatisation rampante de l’enseignement supérieur, enseignants et étudiants se mobilisent.
Une adoption précipitée en plein été
Les professeurs de l’enseignement chercheurs et leur syndicat s’étonne de ‘’la précipitation dans l’élaboration du texte et de son envoi aux membres du gouvernement en pleine période estivale. Ils suspectent ainsi le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de vouloir faire à la sauvette.
Lire aussi : Tribune : Une gouvernance universitaire avec sursis : les limites de la réforme à la lumière du projet de loi 59.24 – Par Dr Houssein Rami
Plusieurs sources du secteur, reprochent au ministère d’avoir délibérément écarté les enseignants-chercheurs en court-circuitant la méthodologie participative. Les mêmes enseignants accusent le ministre, ‘’un confrère pourtant’’, les de mettre devant le fait accompli d’un processus où professeurs et composantes de l’université se retrouvent exclus.
La mise en garde du syndicat
Le bureau national du Syndicat national de l’enseignement supérieur avait d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme dès le 10 juillet 2025, soit un mois avant l’envoi du projet. Dans un communiqué, il dénonçait « l’accaparement du ministère dans la rédaction du texte, sans la moindre concertation avec les représentants des enseignants-chercheurs, en violation de la méthodologie participative ».
Le syndicat appelait à une implication réelle dans l’amendement de la loi 00.01 et avertissait le ministère qu’il porterait l’entière responsabilité de toute crise découlant du passage en force du texte, sans tenir compte des observations des universitaires.
Un nouveau dispositif qui affaiblit le Conseil de l’université
C’est principalement le chapitre du projet, intitulé « Gouvernance des établissements d’enseignement supérieur et de recherche scientifique » qui suscite la réprobation du corps universitaire. Le texte innove en effet en instaurant un nouvel organe, "مجلس الأمناء’’
supérieur au Conseil de l’université, jusqu’ici plus haute instance décisionnelle.
L’article 29 stipule désormais que « les organes de l’université sont composés de deux conseils : le Conseil des fiduciaires et le Conseil de l’université ».
Les articles 30 à 35 définissent la composition du nouveau ‘’supra conseil’’, dont tous les membres sont nommés et majoritairement extérieurs à l’université, à l’exception d’un professeur et d’un représentant du personnel administratif et technique, élus par leurs pairs.
De surcroît, le projet réduit le rôle du président de l’université à une présence purement consultative. La loi précise : « Le président de l’université assiste aux réunions du Conseil des fiduciaires à titre consultatif ». La représentation des enseignants-chercheurs y est limitée à une seule voix.
La présence du wali, symbole de tutelle
Le texte introduit également la présence du wali de la région au sein de ce Conseil des fiduciaires, soulevant de vives inquiétudes. Connaissant le rôle prépondérant des walis et des gouverneurs face aux responsables des services déconcentrés et aux élus locaux, cette disposition laisse présager une forte tutelle politique sur les universités.
De fait, le projet confère à ce Conseil une autorité supérieure, plaçant de facto les universités sous l’ombrelle du ministère de l’Intérieur. Ce changement menace directement l’autonomie universitaire, pierre angulaire de la tradition académique.
Une attaque contre l’université publique ?
Dans son communiqué, le syndicat national de l’enseignement supérieur avait rejeté « catégoriquement » le projet de loi dans sa version actuelle, estimant qu’il porte atteinte à l’identité de l’université publique et légitime la privatisation et la dépendance économique.
Le texte, selon le syndicat, vise à « déconstruire l’institution publique en s’attaquant à la gratuité de l’enseignement supérieur, en favorisant la privatisation et en légitimant la domination du marché et de la logique néolibérale ».
Pour les enseignants-chercheurs, ce projet constitue « une menace explicite contre l’université publique et son indépendance, ainsi que contre le rôle du corps professoral ».
Un front contestataire des étudiants contre le projet
La même tonalité on la retrouve dans une vague de contestation de ce projet de loi chez la Coordination nationale des étudiants ingénieurs, le Comité national des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie (CNEMEP) ainsi que l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) qui dénoncent en chœur un texte jugé régressif, élaboré sans concertation et porteur d’une privatisation rampante de l’université publique. Les coordinations étudiantes préviennent : si le texte n’est pas amendé, la rentrée universitaire pourrait être marquée par une grève nationale.
Des droits étudiants remis en cause
Le premier point de rupture concerne la disparition des articles 71, 72 et 73 de la loi 01-00, qui garantissaient aux étudiants le droit de s’organiser dans leurs établissements à travers des associations, bureaux et conseils élus. Ces structures donnaient une légitimité à leurs voix et leur permettaient de peser sur les décisions touchant à la vie académique.
Abdelhakim Ouaddou, secrétaire général du Comité national des étudiants en médecine, considère leur suppression « une régression claire ». Il rappelle qu’il y a moins d’un an, le ministère avait reconnu officiellement la légitimité des instances représentatives dans le domaine médical et encouragé leur intégration dans les règlements intérieurs des facultés. Le nouveau projet, selon lui, tourne brutalement le dos à cette dynamique, effaçant un acquis démocratique essentiel.
Une méthode jugée opaque et autoritaire
Au-delà du contenu, c’est la méthode qui cristallise les critiques. Le projet a été transmis au gouvernement au cœur de l’été, alors que les universités étaient fermées. Pour le secrétaire général du CNEMEP, ce choix n’est pas anodin : « La méthode renforce un pilotage centralisé au détriment du dialogue institutionnel ». Il estime que ce mode opératoire traduit une volonté d’imposer un modèle de gouvernance où la voix des étudiants, premiers concernés, est marginalisée.
‘’Spectre’’ de la privatisation et une rentrée sous haute tension
La crainte la plus partagée reste celle d’une privatisation progressive de l’enseignement supérieur. Le texte encourage les partenariats public-privé, ouvre la voie à des financements privés et reste flou sur la question de la gratuité. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Mais pour les coordinations, il s’agit là de brèches inquiétantes qui pourraient transformer l’accès aux études en privilège réservé aux familles aisées.
« L’accès à l’université risque de dépendre davantage de la capacité financière que du mérite académique », alerte Ouaddou, qui y voit « une institutionnalisation de la privatisation » menaçant la vocation publique et égalitaire des campus marocains.
Tout indique que la rentrée universitaire 2025/2026 s’ouvrira sur une atmosphère tendue. Le projet de loi 59.24, présenté comme une réforme, semble surtout avoir réveillé une fronde qui transcende les filières et les générations, au nom d’une université qui reste, aux yeux de ses acteurs, un espace de liberté, de savoir et d’égalité. Nommé en octobre 2024, c’est une année plus tard, que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Azeddine Midaoui, va faire sa véritable rentrée en ayant à gérer une fronde où il risque de se retrouver simultanément en face des anciens/ futurs compères et les étudiants.