Le Saltimbanque [s’en est allé] – Par Driss Ajbali

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Rares sont les journalistes qui ont un arrière-fond culturel aussi solide et une célérité dans la réplique aussi crédible

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Encore un qui s’en va. D’abord ami, ensuite confrère. Le Saltimbanque bruyant s’en est allé dans le silence, ce n’était pas son genre, et dans la pudeur, c’était sa qualité. Le journaliste Omar Salim est décédé lundi dans une clinique de la capitale économique des suites d’une longue maladie. Né en 1954 à Casablanca, le défunt a fait des études en littérature à la Sorbonne outre un cursus à l'Institut des études politiques de Paris. De retour au Maroc Omar Salim a travaillé, à l’Opinion, puis à la radio Médi1 avant de rejoindre 2M dès sa création, où il a occupé le poste de directeur des programmes et de l'information pendant plusieurs années. Le sociologue et essayiste Driss Ajbali en avait fait le portrait dans Figures de la Presse marocaine, édité par l’agence MAP. En peu de mots, il raconte sous le Titre Le Saltimbanque un personnage riche de sa générosité.  Le voici :

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Pour évoquer Omar Salim, il y a lieu d’évacuer d’abord une ritournelle. A défaut de pouvoir le critiquer professionnellement, l’habitude fut prise, pour le discréditer, de braquer l’index sur sa vie, supposée dissolue, avec un trop grand penchant pour une addiction. Laissons cela aux acariâtres. 

Omar Salim, c’est la bonhomie, l’élégance, une langue française châtiée, avec le verbe haut. La Sorbonne pour la littérature française et l'Institut d'Études Politiques de Paris pour étoffer le background, rares sont les journalistes qui ont un arrière-fond culturel aussi solide et une célérité dans la réplique aussi crédible. Et s’il dénote dans le paysage médiatique marocain, c’est parce qu’il a toujours avalé la vie de manière pantagruélique. Salim, selon un connaisseur, est un saltimbanque absolu dans le paysage médiatique : original, doué, professionnel, rigoureux. 

Vingt ans de radio chez Casalta, cela vous forge un pro. Salim donnera le meilleur de lui-même à la radio où il saura créer un environnement professionnel dédié à l’information. 

Avec la télévision, que Salim a « dans les tripes », l’histoire est plus tumultueuse. Dans une relation un peu « je t’aime, moi non plus », il entretiendra, non pas avec 2M, mais avec son management, des passions et des haines recuites. Pendant des années, il fut le professionnel qui a donné ses lettres de noblesse au JT de 2M. Jusqu’au jour où, en 1995, il quittera, en direct et en pleurs, la chaîne. Il y reviendra, en conquérant, en 2000. Il sera directeur des programmes et de l’info, sous la direction de Nour-Eddine Saïl, un homme qu’il gardera en haute estime. Avec Saïl, 2M a connu son âge d’or. Salim, aura les coudées franches pour donner la mesure de son talent. 

Avec Mustapha Benali, le successeur, Salim sera marginalisé. Les médiocres ont toujours peur de la lumière de plus compétent. Rétif à la langue de bois, Salim aura sur lui la dent dure. Avec Samira Sitaïl, ils partageront une détestation réciproque. En professionnel, amer et dépité, il poste, depuis, un regard saumâtre sur la situation de la télévision marocaine, « affligeante pour la simple raison » qu’elle est dirigée « par des personnes…dont ce n’est pas le métier ». 

Fidèle en amitié, ami des artistes et des créateurs, Salim a une très haute idée de la culture. Le plus navrant, c’est le sentiment de gâchis. Il n’est pas certain que le Maroc ait tiré tout des compétences de Salim, qui [était] toujours prêt, à tout donner à son pays. 

 

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