chroniques
Face au mur de la mort 4/6 : La bataille médiatique – Par Seddik Maaninou
Le journal ABC daté du 12 novembre 1975, couvrant la Marche verte titre : La Marche verte devant les champs de mines
Au cœur de la Marche verte, une autre bataille se jouait, invisible mais décisive : celle des médias. Tandis que les volontaires avançaient vers le Sahara, caméras, radios et journaux accompagnaient le souffle d’un peuple en marche. Seddik Mâaninou raconte comment dans cette guerre des ondes et des plumes, le Maroc a fait front sur tous les terrains – diplomatique, idéologique et symbolique – et imposa son récit face aux manipulations et aux doutes étrangers. Une victoire médiatique à la mesure d’un événement fondateur.

Seddik Maaninou
La Marche verte fut une marche contre le colonialisme, une marche populaire, nationale et spirituelle.
Elle incarnait pleinement la devise du Royaume : Dieu, la Patrie, le Roi.
La bataille, dès lors, se livrait sur plusieurs fronts, dans un climat de tension manifeste dans toute la région.
Et parmi ces fronts, celui de la communication se distingua avec éclat.
La télévision en action
Dès l’annonce de la Marche par le discours du Roi Hassan II, le 16 octobre, la télévision nationale s’était mise en mouvement.
Une mobilisation totale gagna les médias publics, partisans et privés.
La télévision marocaine diffusa des centaines de reportages sur les manifestations qui embrasaient l’ensemble du territoire national, doublant le nombre de ses journaux d’information.
Depuis Marrakech, j’envoyais quotidiennement, depuis le Palais royal, un programme didactique destiné à répondre aux interrogations des volontaires et à apaiser les inquiétudes des familles et amis suivant le périple des camions transportant les volontaires vers Tarfaya.
L’émission, voulue par le Roi, était enregistrée depuis « le Palais de Casablanca », voisin du Palais royal.
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À Tarfaïa, « Radio de la Libération et de l’Unité » participait activement à la mobilisation du Sud, informant les habitants du Sahara de toutes les évolutions.
La télévision marocaine se joignit à cet effort dans le cadre d’une politique médiatique d’information et de riposte aux stations hostiles, notamment Radio Laâyoune, alors sous contrôle du renseignement espagnol, et les radios de Béchar et de Tindouf, dépendant de l’armée algérienne.
Le public suivait avec un intérêt croissant les émissions des médias nationaux, tous les cadres et ressources ayant été mobilisés pour couvrir un événement unique dans l’histoire du Maroc.
La presse nationale
La presse écrite nationale joua, elle aussi, un rôle crucial dans une période de grande sensibilité, marquée par le doute et les interrogations.
Dès l’annonce officielle de la Marche, la presse nationale, partisane et indépendante, afficha un visage de mobilisation totale, traitant l’actualité avec des sensibilités politiques diverses.
Son rôle était d’expliquer les événements, de mobiliser les énergies et d’informer l’opinion publique.
Durant cette phase, la presse nationale fit preuve d’un engagement solide, d’une maturité intellectuelle et d’une conscience claire des enjeux.
Elle se considérait comme un instrument médiatique au service d’une marche nationale, populaire et pacifique — mais, au fond, d’une marche de libération.
La presse étrangère
Quant à la presse étrangère, notamment française et espagnole, elle commença par douter de la capacité du Maroc à organiser une marche d’une telle ampleur.
Elle s’interrogeait sur la possibilité de transporter, loger et nourrir des centaines de milliers de volontaires venus de régions situées à des milliers de kilomètres de leurs foyers.
Mais lorsqu’elle découvrit la précision de l’organisation et la solidité logistique du dispositif, elle fut saisie d’étonnement.
Puis, ayant constaté ce succès, elle se mit à grossir les risques, exprimant ses craintes d’une confrontation sanglante imminente entre le Maroc et l’Espagne.
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Le Quotidien de Paris écrivit que « la bataille a commencé entre deux rois », désignant Hassan II et Juan Carlos.
D’autres journaux estimèrent que la véritable lutte portait sur « les mines de phosphate », et Le Témoin Chrétien titra : « Le Maroc a remporté la guerre du phosphate. »
La presse communiste française, quant à elle, opta pour des titres alarmistes :
« Crainte du choléra dans les camps de Tarfaïa », ou encore « Les difficultés d’approvisionnement et les conditions sanitaires », et dans une autre édition : « Les volontaires encerclés à Tarfaïa ».
Face à cette offensive médiatique, le Roi Hassan II veilla personnellement à recevoir les correspondants spéciaux des grandes radios, télévisions et journaux du monde entier.
Plus de trente organes de presse internationaux avaient adressé une demande officielle d’entretien avec le souverain — une bataille de communication planétaire à la hauteur d’un événement qui allait changer l’histoire.
Dans l’hospitalité du Roi
Le Roi s’adressa à la chaîne française Antenne 2 en déclarant :
« Toute cause juste possède des chances multiples d’être entendue, surtout lorsqu’elle a pour elle un défenseur habile. »
Et, répondant à la chaîne américaine NBC à propos de l’éventualité d’une action armée de l’Algérie, il affirma :
« Le président Boumediene m’a donné sa parole, par l’intermédiaire du président Bourguiba et de son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, qu’aucun soldat algérien ne serait vu sur le territoire du Sahara. »
À la presse espagnole, notamment au journal La Información, Hassan II déclara :
« Le Maroc a toujours voulu traiter dans le cadre du droit, et, quoi qu’il en soit, l’Espagne ne verra du Maroc que ce qui facilitera la tâche des générations à venir. »
Et d’ajouter : « Il n’existe aucun point de désaccord que le Maroc et l’Espagne ne puissent surmonter. »
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En résumé, la presse étrangère s’était concentrée sur les aspects spectaculaires de la Marche, sur les réalités du terrain, l’évolution des relations maroco-algériennes et la possibilité d’un affrontement militaire entre le Maroc et l’Espagne dans le cadre d’une catastrophe annoncée.
Les idéologies jouèrent un rôle notable dans cette couverture médiatique : la presse de gauche européenne, notamment, manifesta un refus du réel, préférant mettre en avant des aspects qu’elle prétendait catastrophiques, en accord avec la propagande relayée par les officines algériennes.
Les médias algériens
Je me souviens qu’à cette époque, dans la région des camps, la radio algérienne nous attaquait quotidiennement, sans relâche, diffusant de fausses nouvelles : propagation de maladies contagieuses, manque d’eau, famine, manifestations de volontaires réclamant leur retour.
Les autorités d’Alger allèrent jusqu’à annoncer que le Maroc avait « libéré des milliers de détenus de droit commun pour les enrôler dans la Marche », et, dans une autre version, que « les volontaires n’étaient autres que des soldats déguisés en civils ».
Face à ces affabulations, Radio de la Libération et de l’Unité répliquait avec rigueur, tout en informant les volontaires et les habitants du Sahara sur la réalité de la situation.
Ce travail, mené avec précision et discipline, gagna rapidement une crédibilité solide.
À la télévision, nous filmions certaines veillées et les diffusions en direct, pour refléter la joie, la ferveur et la mobilisation au sein des foules de volontaires.
La bataille médiatique fut intense, et je crois que la conjugaison des efforts permit au Maroc d’en sortir victorieux sur la plupart des fronts.
Les discours du Roi, ses entretiens avec les correspondants étrangers, ainsi que l’action conjuguée de tous les médias nationaux — télévision, radio et presse écrite — jouèrent un rôle déterminant dans la diffusion de la voix du Maroc, malgré toutes les tentatives de brouillage visant à dénaturer le sens et les objectifs de la Marche verte.