L’intelligence en politique – Par Samir Belahsen

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Que générera l’intelligence générative pour la démocratie ? C’est la question qui angoisse les épris de la liberté qui se méfient de tout ce qui renvoie Big Brother de Georges Orwell

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« S'il est une science où le recours à l'artifice est signe d'intelligence, c'est bien la politique. » 

Jacques Nteka Bokolo

« La politique d’illusions est une politique fatale, elle conduit à la décadence. »

Emile de Girardin

De nombreux auteurs ont abordé les liens entre intelligence et politique de diverses manières. 

Machiavel a écrit sur le pouvoir politique et les stratégies de leadership. 

Nicolas Machiavel était fonctionnaire de la République de Florence pour laquelle il a effectué plusieurs missions diplomatiques, notamment auprès de la papauté et de la cour de France. C’était un praticien de la chose politique. Strauss le qualifiait d’« enseignant du mal » c’est-à-dire du cynisme et de l’'immoralisme. Pour d'autres c’est un réaliste qui distingue bien les faits politiques et les valeurs morales.

Pour Max Weber, l’action politique, de par sa nature, met les hommes d'État face à un conflit entre éthique de la responsabilité et éthique de la conviction. 

Rousseau avait réfléchi sur la démocratie et la participation citoyenne.

Des penseurs modernes comme Foucault ont exploré la relation entre le pouvoir et la connaissance. 

Selon Ibn Khaldoun (1332-1406), l’intelligence peut être un défaut en politique parce qu'une personne très intelligente pourrait être tentée de manipuler les autres pour ses propres intérêts, ce qui pourrait conduire à la corruption et à l'inefficacité dans la gouvernance. 

Il disait également que les personnes hautement intelligentes pourraient être isolées ou mal comprises par les autres dirigeants, ce qui pourrait entraver leur capacité à gouverner de manière efficace. 

L’intelligence politicienne consisterait en ce savoir-faire, cette habileté qui permet d’atteindre un objectif politique en inventant des outils, plus ou moins moraux, pour satisfaire des besoins ou des désirs. Il s’agit non seulement d’avoir ce savoir et cette habileté mais de se permettre d’en user.

Ce qui compte pour l’intelligence politique (ou politicienne) c’est le pouvoir et ses résidus. Elle permet au politicien, dit intelligent, d’atteindre son objectif, la conquête et la conservation du pouvoir. 

Il va de soi que cette intelligence implique des compromis, puis des compromissions et des soumissions jugées opportunes et nécessaires. Elle dicte la destruction des adversaires, la séduction pour rouler les siens, les postures pour tromper ses alliés, les mensonges nécessaires à tous…

Cette forme d’intelligence peut s’appeler machiavélisme ou bien fourberie.

Selon Alan Ballock, le plus grand démagogue de l'histoire, le dirigeant qui porta le machiavélisme à un extrême que Machiavel lui-même n'aurait jamais pensé, n’était autre que Hitler. 

Il a dû ajouter de la supériorité de la race germanique venant de Gobineau, Chamberlain et de Nietzche.

Si pour Hitler, la volonté et la force sont les deux clefs qui ouvrent la porte de la foule, Machiavel appelait ça : « gouverner par les lois et par la force ».

Intelligence générative et politique 

Kelly Born, directrice à la Fondation David et Lucile Packard, dans une tribune dans le journal français Le Monde, alerte sur les dangers de l’intelligence artificielle qui « influencera la démocratie, que ce soit directement, par la transformation des mécanismes électoraux et de gouvernance, ou indirectement, puisqu’elle menace les fondations mêmes des écosystèmes d’information, de la confiance publique et de l’opinion. 

Yuval Noah Harari, auteur de Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, Homo Deus et 21 questions pour le 21ème siècle, s’inquiète de l’utilisation des systèmes de surveillance sophistiqués qui pourraient potentiellement centraliser le pouvoir entre les mains de quelques-uns. Que ces technologies permettent une surveillance intrusive à une échelle sans précédent, où les gouvernements ou les grandes entreprises pourraient utiliser des données pour manipuler les comportements et contrôler les populations, sapant ainsi les fondements de la démocratie, l’angoisse au plus haut point.

Ce qui l’inquiète dans l’immédiat c’est l’interaction de l’IA générative sur les élections. En 2024, des élections se tiendront, certaines seront décisives aux États-Unis et dans l’Union européenne. Les nouveaux biais signifient de nouvelles incertitudes. Déjà avec les réseaux sociaux, les risques de manipulations étrangères sont très sérieux. 

L’action politique, avec les IA génératives, ne se résumerait plus au conflit entre éthique de la responsabilité et éthique de la conviction que vivraient les politiciens : Les algorithmes feraient selon leurs convictions. 

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