Campagne électorale en distanciel : Les partis à l’épreuve du numérique

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Une campagne électorale à l’heure du coronavirus, ici un meeting du RNI, une présence humaine réduite et une retransmission en directe sur les réseaux qui va pouvoir continuer à tourner en boucle pour peu qu’elle rencontre son public.

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Par Saad BOUZROU (MAP avec Quid)

Rabat - Entre les élections législatives qui approchent à pas de géant, et la Covid-19 qui se propage à grands pas, la campagne électorale, sous son format ancien et classique, est tentée par une nouvelle variante: le recours au distanciel.

A l'arrivée tétanisante du Covid-19 en mars 2020, tout le monde ou presque s'est plié en quatre pour une digitalisation à grande échelle. Le travail est devenu "télétravail", le tout désormais assorti au cas par cas des célèbres épithètes "distanciel", "hybride" ou organisé en mode "visioconférence".

La campagne électorale, évènement quinquennal qui requiert (cela va sans le dire) une communication personnalisée et de proximité des meetings essaimés de centaines, voire de milliers de gens reviendraient, Covid oblige, à une aventure hautement risquée. Partis et candidats sont appelés à redoubler d’imagination pour approche le lecteur, le convaincre et l’amener à voter. En d’autres, cela aurait possible, mais à l’ère du tout numérique, la toile offre une alternative qui répond à la fois à la nécessité du contact et aux exigences des mesures sanitaires. C’est le moment où les formations politiques les plus en phase avec leur temps vont faire la preuve de leur « branchétude » sur les réseaux.

"Au plan opérationnel, les partis politiques doivent prévoir, estime le politologue Hicham Mouatadid, non seulement une seule feuille de route technique et stratégique pour la mise en œuvre de leur campagne électorale, mais développer notamment une feuille de route ajustable et flexible à la conjoncture pandémique et aux différentes possibilités conjoncturelles qui en dépendent’’.

D'un point de vue logistique, les partis politiques seront probablement appelés à revoir toutes leurs procédures organisationnelles relatives à la campagne électorale afin de se soumettre aux ordonnances des autorités sanitaires et aux orientations du gouvernement dans le cadre de la gestion de la pandémie.

Sur les éventuels impacts du maintien des élections dans ce contexte de recrudescence des contaminations, le politologue fait remarquer que "le non-report de celles-ci aura une incidence sur le vote", notamment "parce que l’électeur aura besoin d’un climat beaucoup plus sain et stable, loin des mesures sanitaires en vigueur afin d’exercer facilement son droit au vote". Le risque épidémiologique risque de décourager un électorat déjà pas porté à des proportions importantes sur le vote.

Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politique et systèmes de santé est sur la même longueur d’onde : le R0 (taux de reproduction du virus) du variant Delta est aujourd'hui estimé à 8, le maintien du mode classique pour la campagne électorale est "impensable", d'autant plus qu'à la fin du mois d'août et au début de septembre, [au retour des vacances dont on aura à mesurer l’impact sanitaire], la situation épidémique "ne permettrait pas de tels évènements".

"Il faudrait penser à changer ce format et opter pour le numérique ou, si la situation sanitaire le permet, pour des meetings hybrides", préconise-t-il, soutenant qu'il s'agit là d'un format "non-contradictoire" avec une campagne électorale efficace, du moment que le but est d'exposer ses idées et ses programmes et de parler à l'intelligence des électeurs.

Un exemple de palliatif possible : Une campagne électorale avec une présence humaine réduite et une retransmission en directe sur les réseaux qui va pouvoir continuer à tourner en boucle pour peu qu’elle rencontre son public.

Sans doute, mais aucun virtuel ne peut remplacer la chaleur d’une poignée de mains, l’éloquence d’un regard franc ou fuyant, le poids d’une présence physique. Mais il faudra s’y faire. Le porte-à-porte dans le respect des mesures de distanciation reste possible, mais le scrutin par liste et l’étendue des circonscriptions rendent cette alternative très compliquée à mener.

Les partis qui possèdent des structures locales et régionales et fonctionnent au quotidien au fil de l’année et des ans vont avoir certainement un avantage par rapport aux autres. L’Istiqlal, le PJD, l’USFP et le RNI depuis qu’il a été repris en main par Aziz Akhannouch marquent sur ce terrain des points. Mais ce ne sera pas le plus déterminant. Et quoi qu’il en soit, au jour d’aujourd’hui, on ne sait quand une campagne électorale classique redeviendrait possible, autant, selon, M. Hamdi, s'adapter à cette situation épidémique et faire preuve d’inventivité. D’autant plus qu’épidémie ou pas épidémie, la réalité virtuelle est désormais l’avenir, si ce n’est le présent de l’homme est donc de la politique.

 

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