A Khan Younès, le crime contre l’humanié se poursuit dans la quasi indifférence des puissances qui ne pourront pas dire qu’elles ne savaient pas

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Cette photo, le 6 décembre 2023, montre des volutes de fumée lors d'un bombardement israélien à Gaza. Les forces israéliennes encerclaient la principale ville du sud de Gaza mercredi, affrontant les militants du Hamas dans les rues et les bâtiments, dans l'un des combats les plus intenses de cette guerre de deux mois. (Photo JACK GUEZ / AFP)

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L'armée israélienne a mené de nouvelles frappes meurtrières mercredi sur la grande ville assiégée de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, où les habitants tentent de s'abriter des bombardements et des combats parmi les plus intenses en deux mois de guerre contre les Palestiniens.

Les Palestiniens de Gaza vivent "dans l'horreur la plus totale", a déclaré le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, affirmant craindre des "atrocités", deux mois après le début de la guerre déclenchée par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien contre Israël le 7 octobre.

Les rues de Khan Younès, où sont aussi engagées des troupes au sol, étaient quasiment vides mercredi tandis que des morts et des blessés continuaient d'affluer dans les hôpitaux, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Des centaines de milliers de civils s'entassent dans cette ville et ses environs, pour beaucoup déjà déplacés depuis le début de la guerre, confrontés à une situation humanitaire catastrophique et acculés dans un périmètre de plus en plus exigu près de la frontière fermée avec l'Egypte. Israël tente ainsi de créer la pression sur cette frontière pour atteindre l’objectif ultime du sionisme et de ses crimes de guerre : vider Gaza de ses palestiniens et provoquer un deuxième grand exode après celui de 1948.

Des milliers d'entre eux, à pied, entassés dans des charrettes ou leurs bagages empilés sur les toits de leurs voitures, continuent à fuir vers le sud et la ville voisine de Rafah, répondant aux injonctions de l'armée israélienne.

"Nous voulons comprendre" 

"Toute la ville subit des destructions et des bombardements incessants. Beaucoup de gens arrivent du nord dans des conditions désastreuses, sans abri, à la recherche de leurs enfants", a raconté à l'AFP Hassan Al-Qadi, un habitant de Khan Younès déplacé à Rafah.

"Nous voulons comprendre. S'ils veulent nous tuer, qu'ils nous encerclent dans un seul endroit et nous éliminent tous ensemble. Mais nous pousser à nous déplacer d'un endroit à l'autre, ce n'est pas juste. Nous ne sommes pas de simples chiffres. Nous sommes des êtres humains", a-t-il ajouté.

Fadi Al-Ashi, un habitant de la ville de Gaza, dans le nord, est arrivé à Rafah après une longue errance.

"Nous avons été hébergés dans huit ou neuf maisons avant d'arriver ici", témoigne cet homme, qui a marché jusqu'à Rafah "parce qu'il n'y avait ni voitures ni aucun autre moyen de transport".

Engagée depuis le 27 octobre dans une offensive terrestre contre le Hamas dans le nord de la bande de Gaza, en parallèle à sa campagne de frappes, l'armée israélienne a étendu ses opérations au sol à l'ensemble du territoire et annoncé mardi avoir encerclé Khan Younès.

16.248 personnes, à plus 70% des femmes, enfants et adolescents, ont été tuées dans la bande de Gaza par les bombardements israéliens depuis le 7 octobre.

"Nous avons sécurisé de nombreux bastions du Hamas dans le nord de la bande de Gaza, et nous menons maintenant des opérations contre ses bastions dans le sud", a déclaré mardi le chef d'état-major de l'armée, le général Herzi Halevi.

Des sources du Hamas et du Jihad islamique ont indiqué à l'AFP que leurs combattants affrontaient les troupes israéliennes dans le but de les empêcher d'entrer dans Khan Younès et les secteurs situés à l'est de la ville, ainsi que dans les camps de réfugiés à proximité.

Selon le gouvernement du Hamas, des tirs d'artillerie ont fait "des dizaines de morts et de blessés" dans la nuit de mardi à mercredi dans plusieurs villages à l'est de Khan Younès.

L'armée a continué à pilonner l'ensemble de la bande de Gaza, affirmant qu'environ 250 cibles ont été frappées en 24 heures. Elle a prétendu avoir tué "la plupart des hauts commandants" des brigades du Hamas qui opérerait depuis un réseau de tunnels dans le nord de Gaza.

Selon le ministère de la Santé du Hamas, des frappes aériennes contre le camp de Nousseirat, dans le centre, ont fait six morts et 14 blessés. D'après la même source, d'autres frappes sur le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord, ont fait plusieurs morts et blessés.

Aide coupée 

Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha), Rafah est désormais le seul endroit du territoire, placé depuis le 9 octobre par Israël en état de siège total, où de l'aide humanitaire est encore distribuée, en quantité limitée.

L'aide n'arrive pratiquement plus à Khan Younès, et l'accès aux zones situées plus au nord est coupé depuis la reprise des combats.

L'armée largue chaque jour sur Khan Younès des tracts avertissant de l'imminence d'un bombardement, ordonnant aux habitants de quitter leur quartier toujours en vue de les pousser vers l’Egypte.

Mais l'ONU, qui a calculé que 28% du territoire de Gaza tombe désormais sous le coup de ces ordres d'évacuation, a jugé "impossible" de mettre en place des zones sécurisées pour accueillir les civils telles que désignées par Israël.

"Nous voici, errant dans les vastes étendues de la terre de Dieu, à la recherche d'un lieu où nous réfugier. Il semble qu'il n'y ait aucun endroit pour nous abriter", se lamente auprès de l'AFP Oumm Mahmud Tanasi, une habitante de Khan Younès en route vers Rafah, à la frontière avec l'Egypte.

"Aucun endroit sûr" 

"Aucun endroit n'est sûr à Gaza. Ni les hôpitaux ni les abris ni les camps de réfugiés. Personne n'est en sécurité. Ni les enfants. Ni les travailleurs de la santé. Ni les humanitaires. Ce mépris flagrant des bases de l'humanité doit cesser", a affirmé le coordinateur de l'aide d'urgence de l'ONU, Martin Griffiths.

Chaque jour, les mêmes scènes de chaos se répètent à l'hôpital Nasser de Khan Younès, le plus grand du sud de la bande de Gaza, comme dans les autres hôpitaux de la ville, où affluent les blessés, parfois allongés dans de simples remorques ou portés par leurs proches.

"Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Il y a eu une explosion et j'ai été atteint par un éclat à la tête. Je me suis immédiatement jeté au sol", a raconté à l'AFP Mohamed al-Maqadma, un homme blessé à la tête par une frappe soigné à l'hôpital du Croissant-Rouge de Khan Younès.

Selon l'ONU, 1,9 million de personnes, soit environ de 85% la population, ont été déplacées par la guerre dans la bande de Gaza où plus de la moitié des habitations sont détruites ou endommagées. (Quid avec AFP)