Leïla Slimani préside le Prix littéraire de la Closerie des Lilas

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Paris. 16 avril 2019. La romancière Leïla Slimani a présidé le Prix littéraire de la Closerie des Lilas, créé en 2007 pour soutenir et promouvoir la littérature féminine. Cette distinction récompense cette année la psychanalyste Sarah Chiche pour son roman Les Enténébrés (éditions du Seuil). Leïla Slimani s’est fait un nom en littérature en traitant courageusement de sujets difficiles comme l’addiction sexuelle (Dans le jardin de l’ogre, éditions Gallimard, 1914), en s’attaquant aux vieux tabous marocains, qui perpétuent la répression patriarcale, minent la société et paralysent la jeunesse.

Elle a remporté le Prix Goncourt 2016 pour son roman Chanson douce (éditions Gallimard), une histoire inspirée par un fait divers américain où la spoliation de la maternité par une nourrice débouche tragiquement sur un infanticide. Un succès mondial avec une trentaine de traductions, qui la met à l’abri des remises en cause mortifères. Son livre Sexe et mensonge : La vie sexuelle au Maroc (éditions Les Arènes, 1917) recueille les confessions de femmes prises dans la dialectique infernale de l’apparente soumission et de la clandestine transgression, dans une société qui proscrit et sanctionne sévèrement toute expression de la libido hors mariage. A chaque rencontre avec Leila Slimani s’impose un étrange paradoxe entre son intelligence relationnelle, sa douceur attentionnelle, sa jouvence maternelle et la dureté thématique de ses livres… Cette audace intellectuelle semble secrètement soutenue par une conscience beauvoirienne, une révolte camusienne et un soupçon de provocation durassienne.  

La Closerie des Lilas, brasserie cosmopolite par excellence, portant le souvenir de Francis Scott Fitzgerald, d’Henry Miller, comme des estampilles indélébiles, ressuscite, avec bonheur, l’esprit des guinguettes qui avait inspiré son ouverture au dix-neuvième siècle. Les noms des prestigieux clients s’immortalisent sur plaquettes de cuivre incrustées dans les tables du piano bar, et des autographes de célébrités illustrent les nappes de papier. Les serviettes blanches demeurent en tissu comme il se doit, des serviettes qui devenaient des œuvres d’art sous les plumes des génies désargentés. Ici passaient leurs soirées Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Théophile Gauthier, Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet, Alfred Sisley, Oscar Wild, Emile Zola, Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, Man Ray, André Gide, André breton, Paul Eluard, Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Samuel Beckett…, et tout ce que la matière grise planétaire comptait d’étoiles scintillantes. La Closerie des Lilas à Montparnasse comme le Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés, les deux établissements appartenant au même propriétaire, un self-made man yougoslave échoué sur les rives de la Seine, faute d’avoir aujourd’hui des habitués aussi prodigieux, entretiennent, malgré tout, la nostalgie de leur ancienne prospérité littéraire. Décors anciens préservés, rituels inchangés, affiches et photographies historiques arborées sur les murs, pérennisent les pèlerinages touristiques.  Les cérémonieux fortunés et les mondaines désœuvrées se donnent un air de culture en sirotant le cocktail Ernest Hemingway. Quelques survivants de l’âge d’or prolongent indéfiniment leurs habitudes, étonnés que nul client ne les reconnaît.