L’enfumage et la réalité

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C’est parce que la majorité est de circonstance, sans socle commun aux partis la composant, que le gouvernement s’est déchiré à plusieurs reprises et n’a même pas pu présenter son bilan donnant la fausse impression que le pays est en rupture  

La campagne électorale a été entamée dans un contexte très malsain. On ne discute pas, comme cela devrait être le cas, du bilan de la majorité et des propositions de l’opposition. Ces deux blocs ne sont d’ailleurs pas homogènes et les changements d’alliance ne sont pas à exclure. Le contexte est d’une violence inédite. Les deux adversaires font dans l’outrance et donnent le sentiment que l’enjeu du prochain scrutin, à la vie ou à la mort, sera celui d’un choix de régime et non pas de politiques publiques, ou même de projet de société. L’image renvoyée aux observateurs, surtout étrangers, est celle d’une société fracturée, d’un pays frileux, à l’avenir indécis, d’un danger d’implosion imminent. Or, c’est totalement faux.

Les institutions marocaines, et la constitution est claire, sont ciselées de manière très fine. L’islam marocain est sauvegardé, dans son essence tolérante, par la commanderie des croyants. L’institution monarchique a la responsabilité de l’incarner et son monopole est consacré par la loi fondamentale. Les grands choix et le triptyque «développement, démocratie, modernité» sont consensuels et fondent le projet du règne. Les différenciations politiques sont représentatives de courants d’idées existant dans la société. Mais ces différenciations n’altèrent en rien le vivre-ensemble. Les Marocains acceptent leur diversité dans une tolérance ancestrale. Le mariage entre le spécifique et l’universel connait des fluctuations mais pas de crispation. Le sentiment national est très fort et s’exprime à chaque fois que la Nation est touchée, face au terrorisme, sur la question de l’intégrité territoriale, spontanément et avec force. S’il y a crise, elle n’est pas institutionnelle.

C’est parce que la majorité est de circonstance, sans socle commun aux partis la composant, que le gouvernement s’est déchiré à plusieurs reprises et n’a même pas pu présenter son bilan. Sur le plan économique, les principaux indicateurs sont au rouge, selon Bank Al Maghrib, et ce malgré un environnement favorable. Comme le Roi l’a rappelé lors du discours du trône, les élections sont un exercice régulier normal dans une démocratie, visant à renouveler les majorités, les équipes, les idées. Elles peuvent aboutir soit à une continuité, soit à une alternance, selon le choix des électeurs, mais elles ne changent pas l’architecture institutionnelle. Le gouvernement, et son chef en particulier, ont un comportement irrationnel.

En clivant à l’excès, pour tenter de mobiliser leurs troupes, les partis donnent au scrutin un enjeu, un contenu qu’il n’a pas. Ce faisant, ils perturbent les citoyens qui ne comprennent plus quel sens ils doivent donner à leur vote et risquent de ne pas se déplacer en masse, face à ce trouble. La raison voudrait que la campagne électorale retrouve une certaine sérénité, que les divergences, réelles et normales en démocratie, soient ramenées à leurs proportions réelles et que la compétition soit saine, laissant toute la légitimité à l’expression populaire et rien d’autre.

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