La gauche a-t-elle encore un sens ?

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Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS, multiplie les sorties pour appeler à un renouveau de la gauche. On peut se poser la question, face à un contexte où la gauche est émiettée, sans véritable influence, si ce vœu est un vœu pieux. Mais la vie politique a besoin d’une véritable gauche structurée autour de ce qui fait son ADN, c’est-à-dire l’aspiration égalitaire.

Partout, la gauche gouvernementale, appelée social-démocratie est en perte de vitesse, parce qu’elle a trop cédé au contexte général. Au Maroc l’histoire récente a fait d’énormes dégâts à gauche. Néanmoins, il ne faudrait pas s’en réjouir, parce que ce courant de pensée existe dans la société et qu’on peut penser qu’il est sous-représenté politiquement et surtout qu’il est nécessaire pour un équilibre politique revivifié.

Sur la question sociale, les Islamistes, malgré leurs slogans, n’ont que de maigres résultats, leur politique étant ultra-libérale. Pendant 7 ans, ils ont gelé les salaires. L’aspiration à la justice sociale est très partagée par les populations. Or c’est ce qui fait la Gauche.

L’équilibre démocratique ne peut être atteint si cette aspiration n’est pas équitablement représentée au plan des institutions représentatives. La Gauche est aussi, historiquement, en avance, sur les questions sociétales. L’aspiration libertaire est l’un de ses moteurs originels. Ses combats sur la question de la femme, les libertés individuelles en attestent. Or les difficultés de la transformation nécessaire pour atteindre les objectifs de la modernité démontrent le besoin d’un courant porteur de ces valeurs, combatif et influent. Ce rôle n’est pas assumé par les organisations qui se réclament de la Gauche. Divisées, empêtrées dans les postures politiciennes, coupées des mouvements sociaux dont elles étaient les porte-paroles il n’y a pas si longtemps, elles ont perdu leur influence et sont pratiquement inaudibles. C’est un danger pour la construction démocratique que de voir un courant de pensée, largement présent au sein de la société, si peu représenté au niveau politique.

Au Maroc il n’y a pas autant de projets de société que de partis. Au sein de la société il y a des conservateurs, des libéraux et des gens de gauche attachés à la fois à la justice sociale, à l’équité territoriale et à l’épanouissement des individus. Tous ces courants ont leur légitimité et la démocratie est là pour assurer une compétition saine et des alternances sans accroc.

Cependant, la Gauche est victime de sa pratique partisane. Le vaisseau amiral, l’USFP, s’est quasiment sabordé à coups de scissions et parfois de reniements. Les autres formations ne sont pas dans des logiques différentes. Une union de la gauche, sur des bases principielles et non pas politiciennes, serait une excellente nouvelle pour la démocratie marocaine. Elle permettrait de structurer le débat public et donc d’assurer une plus grande adhésion des citoyens aux institutions représentatives.

Mais le chemin est long pour y arriver. Les organisations existantes doivent changer de culture, privilégier ce qui les réunit et oublier les égoïsmes. C’est un gros effort qui les attend, si elles veulent répondre aux exigences de la démocratie, de la nation, de l’histoire, avec un grand H.