Il n’y pas entre nous le minimum essentiel : la conviction de l’unité de l’espèce humaine

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Christine Angot, écrivaine française, chroniqueuse aux cotés de Charles Consigny sur France 2 dans On n’est pas couché de Laurent Ruquier, a défrayé la chronique. Elle a tenté de hiérarchiser les crimes  nazis contre les juifs et l’esclavage des noirs, entendant que l’esclavagisme, malgré ses 15 millions de morts, la torture quotidienne sur deux siècles des autres millions de survivants, était presque une aubaine pour les noirs qu’on nourrissait bien pour les besoins des corvées, tandis que seules les tentatives d’extermination des juifs étaient digne du qualificatif abject crime contre l’humanité.

Les propos de Christine Angot ont surpris, mais souvent d’une surprise feinte, nombre de Français. La lauréate du prix France culture est une admiratrice subjuguée du sionisme et n’en est pas à sa première. Une fois déjà, avec la complicité frivole et fiévreuse de Franz-Olivier Gisbert qui décidément vieillit mal, elle a contraint un jeune artiste à s’excuser platement parce qu’une fois dans sa jeune vie, allez savoir où elle a été chercher l’information, il avait critiqué les crimes israéliens dans les territoires occupés. Une autre, elle s’en était violemment prise à son partenaire dans l’émission, Charles Consigny , parce qu’il avait osé – Ô sacrilège antisémite ! – qualifier les postures de Bernard-Henry Levy de ceux d’un cosmopolite.

L’affaire date de quelques semaines et on n’en aurait jamais parlé au Quid tant les propos de l’écrivaine ne rabaissent qu’elle, n’eut été la brillante sortie de Christiane Taubira, femme de lettres, noire, militante sans concession et ancienne ministre de la justice de François Hollande. La voici :

Merci Madame !
 
Alors que la Guyane commémorait ce week-end l'abolition de l'esclavage du 10 juin 1848 :

« Je sais que vous avez été nombreux à être émus par des propos inqualifiables, qui ont été tenus récemment, sur une télévision publique […] Moi je dis que nous avons là une circonstance intéressante, pour tester notre placidité, notre impavidité, notre aptitude à faire front, notre capacité à résister à ces inepties blessantes et injurieuses. Parce qu’il faut quand même un esprit sacrément tordu pour vouloir comparer les tragédies humaines entre elles. Il faut être particulièrement inculte pour penser que l’esclavage a pu être cela à n’importe quelle période et en particulier en cette longue période spécifique où l’esclavage a été organiquement lié à la traite, c’est-à-dire en clair au commerce d’êtres humains, à la vente et à l’achat de femmes, d’hommes, d’enfants, au point qu’il leur fallu inventer des théories raciales, racialistes et racistes, pour justifier leur commerce. Et montrer de la désinvolture, face à une réalité humaine aussi massive et aussi douloureuse, est une marque d’immaturité et l’attitude est obscène. Et puis quand même, il faut une dose extraordinaire d’imbécilité pour s’habiller, sortir de chez soi, passer au maquillage, entrer sur le plateau d’une télévision publique et déblatérer en proférant des énormités archaïques et odieuses, autant qu’elles sont invraisemblables. Vous voyez que nous n’avons pas à nous en faire, il y a des gens à qui nous n’avons rien à dire, parce qu’il n’y pas entre nous le minimum essentiel : la conviction de l’unité de l’espèce humaine, la certitude que dénier sa dignité à une seule personne au monde met en péril l’espèce toute entière. Nous n’avons rien à dire à des personnes qui ne savent pas qui nous sommes : survivants obstinés, résilients magnifiques, voilà ce que nous sommes. »