En Algérie, le peuple et le gouvernement n’ont pas la même définition de ''conditions adéquates''

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Dimanche 2 juin, le conseil constitutionnel a annoncé au peuple Algérien l’annulation des élections présidentielles prévues pour le 4 juillet. Les « conditions adéquates » n’étant toujours pas réunies. 

Pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, des élections présidentielles sont reportées à deux reprises d’une manière successive. Alors que le Conseil constitutionnel parle de « réunir les conditions adéquates pour l’organisation de cette élection dans la transparence et la neutralité » ; les Algériens eux ont accueilli cette décision sans grande surprise.

« Faute de candidats », le conseil constitutionnel a invalidé les deux seuls dossiers retenus pour le scrutin du 4 juillet. Un à un, les partis politiques algériens ont retiré leurs candidatures par crainte de non transparence et manque de neutralité. La rue algérienne voit en cette annulation une nouvelle victoire. Mais, une victoire qui reste symbolique. Pas plus.

Depuis 3 mois, une rupture avec les pratiques de l’ancien régime est réclamée par le mouvement citoyen qui exige le départ de certaines autorités à la tête de la gouvernance. L’ancien président Abdelatif Bouteflika, ciblé en premier par les manifestants, avait fini par céder face à une forte pression sociale. Mais, restes toujours Bensalah, l’actuel chef de l’Etat par intérim, son premier ministre Noureddine Bedoui et Gaid Salah, le chef de l’armée.

Sur l’essentiel, le pouvoir n’a donc rien cédé. Les « têtes » réclamées refusent de se rendre. Les deux parties – gouvernement et peuple – n’ont visiblement pas la même définition de « conditions adéquates ». Si le premier entend par là le fait de recevoir des candidatures pour l’organisation des élections, le second lui entend catégoriquement le départ du premier ; c’est-à-dire le remplacement du chef de l’État par intérim par une autre personnalité consensuelle.

Bensalah toujours en ligne de mire

Avec l’annulation du scrutin, certains dénoncent une provocation du pouvoir et une nouvelle manœuvre qui va se traduire dans les faites par la prolongation du mandat du président par intérim. Ce dernier pourrait, de surcroit, voir son mandat prolongé d’au moins trois mois supplémentaires. Le conseil constitutionnel a d’ailleurs déclaré dans son communiqué qu’il « prévoit que la mission essentielle dévolue à celui investi de la charge de Chef de l’Etat est d’organiser l’élection du Président de la République ». A entendre que Bensalah ne quittera pas ses fonctions avant la tenue des élections.

Selon Fatiha Benabbou, juriste, spécialiste en droit constitutionnel qui s’est exprimée au micro de TSA la rupture est inévitable. « Il est vrai que la mission du chef de l’État par intérim est d’organiser des élections, mais l’article 102 de la Constitution est clair. Son mandat ne doit pas dépasser les 90 jours. C’est une limite indépassable. À partir du 7 juillet 2019, nous sortons de l’article 102 de la Constitution pour aller vers l’article 7 qui porte sur la souveraineté du peuple et qui stipule que le peuple est source de tout pouvoir » explique-t-elle.

Cet article 7 prévoit de donner plus de pouvoir au peuple qui devrait prendre le relais en déléguant des personnalités et des partis qui vont se concerter pour créer un Présidium. C’est une Instance présidentielle ou un Comité d’État pour remplacer Bensalah – en cas de démission - pour éviter un vide constitutionnel.

Une telle option est quand même peu probable car Bensalah ne se laissera pas faire si facilement. L’Algérie pourrait se retrouver dans un long spiral. Continuer à tourner en rond ne servira ni au pouvoir ni au peuple. Pour éviter tout risque de nouvelle annulation des élections, un consensus doit rapidement être trouvé.