Dévaluation de la livre turque : Des inquiétudes sur une répétition de la crise d'août 2018

5437685854_d630fceaff_b-
381
Partager :

Istanbul - Pour la deuxième semaine consécutive, le dollar continue de franchir la barre de six livres turques, le niveau le plus bas de la monnaie turque depuis mai dernier, ce qui exacerbe les craintes des acteurs économiques du pays quant à l’éventualité d'une répétition de la crise d'août 2018.

Malgré l'amélioration des indicateurs économiques notamment ceux liés aux exportations, au tourisme et aux Investissements directs étrangers (IDE), le cours de la livre enregistre une grande fluctuation entre amélioration et baisse par rapport aux principales devises étrangères, et suscite plusieurs interrogations voire des inquiétudes que la tendance à la baisse de la monnaie turque se poursuit, car cette situation affectera négativement les performances économiques du pays et la confiance des investisseurs.

En effet, le taux de change de la livre à l'ouverture des marchés mardi a atteint 6,0580 par rapport au dollar et 6,5640 pour l'euro.

Aussi, l'avis des économistes sur les causes de cette fluctuation du taux de change de la livre varient, certains estiment qu'elle est normale, puisque la fluctuation ne se situe pas en dehors de la fourchette de dix livres (entre 5,9 à 6 livres), alors que d'autres établissent un rapport entre la fluctuation de la livre et les développements accélérés de la situation militaire en Syrie, et les signes de tension dans les relations turco-russes.

A cet égard, l'économiste et enseignant à l'Université Sabahattin Zaim à Istanbul, Abdelmottalib Erba, a estimé dans une déclaration à la presse que la fluctuation de la livre est une situation habituelle sur les marchés de changes, soulignant que le taux normal que le gouvernement vise pour le taux de change de la monnaie nationale varie entre 5,50 et 6 livres.

Selon lui, le fait de dire que les développements en Syrie et les signes de tension dans les relations entre Ankara et Moscou ont affecté la livre turque n'est pas vrai, soulignant que la réaction de la monnaie nationale aux événements étrangers et aux mutations de la politique étrangère a considérablement diminué par rapport à ce qui était le cas auparavant.

Il a également souligné que les divergences russo-turques n'affectent pas la stabilité économique de la Turquie, d'autant plus qu'il n'existe pas de relation forte et directe entre les économies des deux pays.

Pour sa part, l'économiste Mustafa Abdessalam, a précisé dans une déclaration similaire qu'il n'y a pas de justifications économiques fortes pour expliquer la fluctuation du cours de la livre, notant que cette fluctuation est due à deux raisons principales.

La première raison, dit-il, concerne les risques géopolitiques entourant la Turquie, surtout la crise syrienne, l'escalade des tensions à Idlib, les divergences dissimulées avec la Russie, outre les informations faisant état de la possibilité d'une confrontation armée directe entre la Turquie et les forces du régime syrien.

La deuxième raison, poursuit l'économiste, est liée à l'attitude du gouvernement turc qui insiste à intervenir dans la gestion de la politique monétaire et à réduire les taux d'intérêt malgré l'augmentation de l'inflation, estimant que la confrontation entre le président Recep Tayyip Erdogan et la Banque centrale est toujours prévisible.

De manière générale, l'immunité de l'économie turque, qui a déjà surmonté plusieurs crises malgré la perte par la livre en 2018 d'environ 30 pc de sa valeur, reste tributaire, d'une part, d'une entente entre le président Erdogan et la Banque centrale sur les meilleurs moyens d'anticiper les signes d'une crise monétaire et, d'autre part, de la capacité à supporter les conséquences des choix politiques et militaires opérés par la Turquie aux niveaux régional et international.

*MAP

 

lire aussi