''Night Walk'', ou la recherche d'un rapprochement entre deux mondes différents

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La 69ème édition du Festival du film de Berlin (Berlinale) s'est ouverte jeudi 7 février, dans la capitale allemande, avec 23 productions en sélection officielle, dont 17 en lice pour l'Ours d'or.

Le cinéma marocain est représenté à cette grande messe internationale du cinéma par le film "De quelques événements sans signification" (1976), du réalisateur Mostafa Derkaoui, qui sera projeté en première dans la catégorie Forum.

Le Royaume est également représenté par le long-métrage "Night Walk", du jeune réalisateur Aziz Tazi, qui sera présenté en première dans la catégorie destinée aux professionnels et distributeurs.

Présenté dimanche soir en avant première aux professionnels et distributeurs dans les cadre du 69ème Festival international du film de Berlin (Berlinale), du 7 au 17 février, le film « Night Walk » du réalisateur Aziz Tazi raconte l'histoire de Frank (interprété par Sean Stone), brillant journaliste qui a toujours à la recherche de nouvelles expériences sentimentales.

Le film met en lumière les préjugés entre l’Orient et l’Occident. Son objectif est également de rapprocher ces deux mondes différents.

C’est l’histoire de Frank qui tombe sous le charme de Sarah – le rôle joué par l'actrice américaine d'origine palestino-marocaine Sarah Alami, une jeune et très belle femme arabo-américaine de confession musulmane, myste rieuse et pleine d’humour. Rapidement conquis, il décide de la demander en mariage durant un voyage dans son pays natal au Moyen-Orient.

Malheureusement, la police des mœurs locale les croise dans une situation présumée compromettante. Tel des Romeo et Juliette des temps modernes, le couple est subitement mis en danger.

Lors d’une tentative de corruption pour échapper à "leur justice", les policiers provoquent un incident qui dégénère et contraint le couple à prendre la fuite. Afin de les stopper, la police ouvre le feu et tue malencontreusement Sarah. Elle succombe dans les bras de Frank qui, psychologiquement abattu, ne tente même pas de résister a son arrestation.

Redoutant l’incident diplomatique, la police décide alors de monter un complot pour accuser Frank du meurtre de Sarah et ce, avec l’aide d’un juge américain véreux qui rapatrie Frank aux Etats-Unis pour purger sa peine. Dès son arrivée en prison, Frank doit affronter la violence de certains gangs. Ayman (interprété par le rappeur franco-marocain “La Fouine”), son compagnon de cellule, est un marocain qui lui aussi a été injustement emprisonne. Ils ont recours paradoxalement pour leur protection à un groupe de fondamentalistes, ceux-là même dont les semblables de confession ont arrache à Frank sa bien-aimée.

Dans cette production maroco-américaine, le réalisateur pointe du doigt, en toute objectivité, plusieurs problématiques comme l'injustice, la corruption, l'islamophobie et les stéréotypes dans deux mondes antagoniques au bord de l'affrontement.

Le casting comprend les stars américaines Patrick Kilpatrick, Mickey Rourke, Ricco Ross, Frederick-James Koch, Eric Roberts, Richard Tyson et Louis Mandylor.

Du côté marocain, le choix du réalisateur a été porté sur les acteurs Ahlam Zaimi, Abdellah Chicha, Majid Lakroun et Yassine Benhamida.

Selon le réalisateur, l'idée du film est née du rêve d'une promenade nocturne qu'il a eu, avant de décider de faire réalité ce songe dans une production cinématographique où la promenade nocturne constitue l'élément principal d'une histoire qui unit l'Occident et l'Orient.

Dans une déclaration à la MAP en marge de la projection en avant première de son film, Aziz Tazi souligne que cette production cherche à transmettre deux messages. "Je veux que l'Occident sache que nous partageons beaucoup de choses. Nous avons également des familles brisées et nous cherchons le bonheur et l'amour, et je veux que l'Orient sache que nous n'avons aucun lien avec les terroristes et les extrémistes, que nous pouvons crier haut et fort que ne nous sommes pas tous comme eux et que nous n'allons pas leur permettre de nous représenter", souligne le jeune cinéaste marocain.

Aziz Tazi s'arrête aussi sur les statistiques choquantes selon lesquelles aux États-Unis, seulement une personne sur quatre connaît un musulman, alors que 65% des Américains ont une opinion négative des musulmans, attribuant cette situation notamment aux médias qui ne publient que des informations négatives sur les gens de cette confession, au moment où "nous ne faisons rien pour changer cette image et diffuser des choses positives sur les musulmans".

"C'est pour cette raison que j'ai essayé de corriger les fausses idées sur le monde oriental, tout en demeurant objectif", relève Aziz Tazi, qui insiste sur le rôle du septième art dans le changement des mentalités et des attitudes.

"J'aime le cinéma et j'ai regardé des films qui ont changé ma vie et ma vision des choses. Nous pensons toujours que pour changer le monde, nous devons nous concentrer sur tout ce qui est matériel, mais l'art est essentiel dans nos vies, car il touche les cœurs et les sentiments et il a une forte influence sur le spectateur", dit-il.

Le réalisateur marocain, qui a étudié l'ingénierie en France avant de s'installer aux États-Unis, ne cache pas son attachement à son identité marocaine, faisant savoir qu'il a tenu à réaliser le tournage au Maroc en dépit des propositions qui lui ont été faites pour filmer dans d'autres pays.

"J'ai choisi le Maroc parce que cela me donne beaucoup de facilités en termes de langue et au niveau administratif, mais j'ai aussi voulu faire la promotion de mon pays dont je me sens fier", relève le jeune cinéaste, qui travaille sur un nouveau projet inspiré par l'histoire réelle d'une Libanaise qui a immigré aux États-Unis et qui a fait beaucoup de choses pour ce pays avant d'être accusée d'un crime qu'elle n'a pas commis. Il présente les mêmes problématiques liées à la personne de l'Arabe au sein d'une société occidentale.

Outre "Night Walk", le cinéma marocain est représenté à cette 69ème édition du festival international du film de Berlin (7-17 février) aussi par "De quelques événements sans signification" (1976), du réalisateur Mostafa Derkaoui, qui sera projeté en première dans la catégorie Forum.