Le cinéma comme ennemi

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Je croyais que l’ostracisme par petites touches du CCM à l’encontre des festivals de cinéma était sélectif. Mais voilà que je découvre que c’est une hostilité paradoxale au 7èm  art. Un cinémacide qui ne dit ne dit pas son nom

Le Festival du cinéma africain de Khouribga est passé de 1,3 million de dirhams de soutien du Centre cinématographique marocain (CCM) à 1 million en l’espace de deux ans. En son temps j’ai écrit ce que signifiait la pratique de cette fausse « austérité » contre un festival qui tisse et consolide depuis des années les relations culturelles entre le Maroc et le reste de l’Afrique, au moment même où le Roi Mohammed VI sillonne le continent pour que le Royaume y retrouve toute sa place. Je croyais que cet ostracisme par petites touches frappait Noureddine Saïl bien plus qu’il ne ciblait le festival lui-même. Mais voilà que je découvre qu’il témoigne de l’indigence politique et intellectuelle de la direction du CCM. Une hostilité paradoxale au cinéma. Un cinémacide qui ne dit ne dit pas son nom. Avant la dernière décade du mois d’octobre, j’ai reçu de la part de Abdelkrim Bennani, président de l'Association Ribat Al Fath, un communiqué qui annonce l'annulation de la 6ème édition du Festival du Court Métrage prévue du 22 au 29 octobre, ainsi que la 11ème édition du Festival International du Film Animalier et Environnemental, prévue en décembre. « Les raisons sont essentiellement financières, écrit-il, car pour le Court Métrage, la commission nationale de soutien aux festivals de cinéma a réduit de façon drastique l'aide octroyée à ce Festival passant de 500.000, 00 Dh les deux premières années, à 150.000,00 Dh les trois années suivantes et 140,000,00 Dh cette année. Aucune explication, n'a été fournie à l'Association. »

« C'est [donc] dans la douleur que Ribat Al Fath a pris cette décision » dixit le communiqué. Si cela peut consoler les membres de l’association, ils ne sont pas seuls à porter cette douleur. La même semaine, la Chambre nationale des producteurs de films (CNPF) déclare dans un communiqué s’être vu «dans l’obligation d’attirer, une nouvelle fois, l’attention sur la succession sans fin de décisions unilatérales de l’administration de tutelle et de la direction du Centre cinématographique marocain qui portent des coups graves et douloureux au développement du cinéma national et tendent à stopper son élan». Pour le Bureau exécutif de la CNPF, la preuve n’est plus à faire pour démontrer la déréliction dans laquelle se trouve le cinéma marocain : Baisse rapide et alarmante de la production nationale, baisse notoire de la qualité et du rendu des festivals organisés par le CCM. Dramatique situation qui appelle la compassion et l’empathie en offrant aux femmes et aux hommes du cinéma nos yeux pour les aider à pleurer les malheurs d’un secteur désormais en détresse. Mais l’expression de cette insatisfaction doublée de frustration ne résonne malheureusement dans l’oreille de celui qui fut, jusqu’au lendemain des législatives du 7 octobre, ministre de tutelle que comme un satisfécit. Car s’il y a un domaine où les adeptes de « l’art propre » ont tenu leurs promesses électorales de 2011, c’est bien celui du septième art. Le reste n’est que phraséologie et politique-fiction.

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