Essaouira : Quand le cinéma retrouve son lustre d'antan

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Par Samir Lotfy

Essaouira - Destination de la culture et de l'art, de tous les arts sans nulle exception, Essaouira ne cesse ces dernières années de consolider sa vocation cinématographique, en attirant par sa beauté et sa richesse civilisationnelle et architecturale, nombre de professionnels de l'Ecran géant pour le tournage de leurs travaux.

Derrière cet engouement cinématographique pour la cité des Alizés, figure l'existence d'une multitude d'atouts, dont des paysages naturels alliant dunes, océan et un magnifique littoral et de vastes forêts, une position géographique privilégiée entre deux pôles touristiques phares du Royaume, un arrière-pays où l'authenticité ne manque pas, et un patrimoine architectural et civilisationnel plusieurs fois millénaire.

Tous ces atouts, conjugués à l'existence d'un nombre de figurants rodés et d'un professionnalisme incontestable, d'un secteur d'artisanat dynamique avec une filière bijouterie spécifique à la ville, ainsi que d'une lumière naturelle particulière enveloppant la ville, facilitent pour les cinéastes le tournage de films et de séries télévisées et ce, depuis plus d'une soixantaine d'années.

Et ce n'est pas un hasard si nombre de films de renommée internationale ont utilisé des paysages et des sites d'Essaouira comme scènes de tournage. Au rang de ces productions ayant marqué les esprits et suscité une grande admiration des cinéphiles, figurent "Othello'' de son réalisateur Orson Welles et dont le tournage s'était déroulé entre 1949 et 1952, avec comme scène plusieurs endroits de la cité des Alizés (Sqala, la Kasbah, et la hall aux poissons).

L'autre film, qui a été greffé de l'empreinte d'Essaouira, est celui de "Kingdom of Heaven'', chef d'oeuvre du metteur en scène Ridley Scott qui avait eu pour défi de recréer le décor de la ville de Jérusalem du XIIè siècle, trouvant dans la ville d'Essaouira via ses remparts et son patrimoine architectural un coin typique pour la réalisation de ce film.

On cite aussi "Games of Thrones", une saga fantasy, dont le tournage de la 3è saison avait eu lieu en 2012 à Essaouira avec plusieurs sites exploités entre autres le port de pêche, la Sqala, la Kasbah, les remparts et la plage. Il y a également le film hollandais "Land" tourné en 2012 à Moulay Bouzerktoun au nord d'Essaouira.

John Wick: Chapter 3 – Parabellum, dont quelques scènes ont été tournées à Essaouira, outre une série de films et de séries télévisées marocaines, à l'instar de "Ksar Al Bacha'' de son réalisateur Anouar Mouatassim.

Toutefois, si la vocation cinématographique d'Essaouira n'est pas à démontrer, la ville se trouve pénalisée par l'absence d'une Salle de Cinéma, étant donné que celle baptisée ''Sqala", considérée comme un véritable refuge pour les cinéphiles, avait fermé ses portes il y a une vingtaine d'années, suivie de la fermeture du cinéma Rif.

Pourtant, l'absence d'une Salle obscure dans la cité des Alizés n'est pas considérée comme un réel handicap pour la promotion d'une véritable culture cinématographique. Derrière cette mobilisation fortement louable pour combler cette lacune, figure une société civile dynamique et ambitieuse qui n'a pas hésité un seul instant à mettre les petits plats dans les grands, pour que le cinéma figure sur la liste des arts auxquels un hommage leur est rendu de manière quasi-quotidienne.

A la tête de ces associations, qui ont œuvré pour bâtir toute la renaissance de la cité des Alizés depuis une trentaine d'années sur la culture et les arts, figure l'Association Essaouira-Mogador qui dispose d'une vidéothèque riche de plusieurs milliers de films constructifs et édifiants, et de chefs d'œuvre représentant plusieurs styles, genres et écoles cinématographiques.
Pour promouvoir cet art et permettre aux Souiris comme aux visiteurs de la cité des Alizés de renouer avec les écrans géants, l'Association Essaouira-Mogador veille minutieusement à la programmation. Durant tous les mercredis de chaque mois, une collection de films traitant de diverses thématiques pour le bonheur des cinéphiles les plus exigeants,sont projetés  a confié à la MAP, M. Ahmed Harrouz, chargé de la coordination à l'Association, notant que cette initiative se propose de combler le vide existant et de permettre au 7è art de retrouver son lustre d'antan.

Et de poursuivre qu'aux côtés de l'Association Essaoura-Mogador, l'Institut Français de la cité des Alizés déploie un effort important pour la promotion du cinéma et ce, via l'insertion dans la programmation mensuelle de ses activités, de la projection de plusieurs films de renommée, entre autres, du cinéma français, émettant le voeu de voir la ville d'Essaouira se doter d'une Salle de Cinéma digne de la notoriété de cette cité en tant que destination touristique au rayonnement international inégalable.

Pour une promotion soutenue et durable de l'art cinématographique, Essaouira pourrait en être fière, car la relève se trouve amplement assurée. Le projet est porté, il y a quelque semaines, par l'association Moga'Jeunes qui vient tout récemment d'organiser une activité singulière baptisée ''Cinéma sur la Muraille''.

Cette initiative cinématographique, organisée en partenariat avec l'Association Essaouira-Mogador, la Cinémathèque marocaine, le Centre cinématographique marocain (CCM) et les autorités de la ville, se propose de permettre aux autochtones comme aux visiteurs de la cité des Alizés d’assister, chaque mois et gratuitement, à la projection d'un film grand public en plein air.

Cet événement, qui a soufflé sa première bougie à la mythique Place El Menzeh, vient donc s’ajouter à une série d’activités inédites menées par la société civile locale pour booster la dynamique culturelle et artistique que connaît la ville d’Essaouira tout au long de l’année et renforcer ainsi son attractivité en tant que capitale du tourisme culturel par excellence. Lors de cette première édition, le public souiri a été convié à venir nombreux apprécier le film "Lahnech" de son réalisateur Driss Mrini.

Selon Otmane Mazine, président de l'Association "Moga'Jeunes", cette initiative se veut une réponse concrète au rêve des jeunes cinéphiles Souiris qui, depuis longtemps, aspirent à voir un film sur grand écran. C'est dans cette optique, que l'Association Moga'Jeunes a décidé de faire de ce rêve une réalité.

"Le cinéma en plein air a commencé en Allemagne en 1916. Au Maroc et alors que les salles de cinéma se réduisent comme peau de chagrin, les acteurs concernés restent les bras croisés. A notre niveau, nous avons décidé de lancer cette idée toute simple de rassembler les habitants d’Essaouira autour d’un film grand public", a-t-il dit, précisant qu'un effort sera entrepris dans le cadre d'une coordination avec d'autres acteurs pour explorer la possibilité d'organiser un événement similaire ailleurs.

La première initiative a connu un franc succès avec 1400 spectateurs présents, ce qui augure d'un avenir prometteur.

L'intérêt porté à la promotion de l'art cinématographique témoigne de la prise de conscience à Essaouira que le cinéma, tout comme la culture en général, constitue un véritable vecteur de transmission de messages de paix et d'humanisme, mais aussi comme facilitateur du vivre-ensemble, d'ouverture sur Autrui et de compréhension mutuelle. Autant de valeurs qui forgent l'ADN de cette cité paisible et lui confèrent toute sa singularité.