Entretien avec Bilal Marmid : Un regard intransigeant

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Marrakech- Imane Jirari - Le festival international du film de Marrakech est connu par un jury de qualité. Il y’a des festivals appartenant à la classe A qui n’ont pas souvent des noms tels que les noms présents dans le jury cette année

Quid: Le Festival international du Film de Marrakech est reparti cette année avec plusieurs nouveautés et une nouvelle direction artistique après une pause l'année dernière. 

Comment vous percevez ces nouveautés? Et dans quel sens ces nouveautés pourront renforcer la dynamique de l'industrie cinématographique? 

Bilal Marmid : Cette année, il y’a de nouvelles sections, et une nouvelle direction artistique après la rupture qu’a connue le Festival l’année dernière. Il faut s’en féliciter. Il faut saluer toutes les nouveautés, y compris la sélection officielle qui contient des films arabes.

A mon sens, il faut avoir un leadership arabe et africain avant de rentrer en compétition officielle avec des festivals internationaux.

Je crois que l’idée de la sélection des films arabes et africains en sélection (hors compétition) est un constat très intéressant à retenir. C’est ce qui permettra de créer une relation de fidélité entre le festival et les cinéastes qui pourront nous accorder des avant-premières dans les années à venir.  Il faut également saluer l’initiative de la création d’une section dédiée au cinéma marocain (ndlr : le Panorama du cinéma marocain).

Je salue également l’idée de la création de la section « Conversation with », qui était précédemment dénommé ( Master class).

En effet, cette section nécessite des modifications au niveau de la forme ; la manière avec laquelle les conversations sont dirigées. Quand on invite par exemple Martin Scorsese ou Agnès Varda, ou encore Guillermo Del Toro, il faut que ces personnalités donnent leur savoir-faire aux cinéastes marocains et les étudiants de cinéma au Maroc.

Néanmoins ces nouveautés constituent une base de travail pour les éditions prochaines du FIFM pour que cet évènement acquiert le leadership dans la région arabe et africaine, surtout que ces films étaient absents lors de l’édition du FIFM en 2016, d’où la nécessité de leur présence. Rappelons aussi que les productions arabes et africaines ont déjà brillé dans d’autres évènements cinématographiques.

Quid : Que pensez-vous de la composition du jury cette année ?

Bilal Marmid : Le festival international du film de Marrakech est connu par un jury de qualité. Il y’a des festivals appartenant à la classe A qui n’ont pas souvent des noms tels que les noms présents dans le jury cette année.

James Gray, le président du jury est un vrai cinéaste. Il symbolise la maturité. Pour sa part, Tala Hadid, la représentante du Maroc dans le jury s’y connaît également en cinématographie. Elle représente le courant strict du cinéma. Son premier long-métrage  Sacred Poet sur Pier Paolo Pasolin était une réussite.

Lynne Ramsay est une cinéaste également éminente. Ses films cartonnent dans les compétitions du Festival de Cannes parce qu’elle est une habitué du cinéma. Dakota Johnson représente une autre génération. Ainsi,  la composition du jury est objective et représente plusieurs générations.

-Vous avez déclaré récemment sur Medi1 TV qu'il faut faire plus d'efforts en termes de sélection officielle des films en citant l'exemple de " Joy" et  " The good girls". En quoi consistent ces efforts? 

Je pense effectivement que la nouvelle direction artistique est encore jeune. Il faut faire plus d’efforts en termes de sélection officielle pour l’année prochaine et ça se prépare dès maintenant. Je présume que la  direction artistique devra être plus sélective par rapport à la compétition officielle parce qu’elle demeure la plus suivie.

La direction artistique cette année n’avait pas beaucoup de temps et je le comprends totalement, et ce, pour installer une nouvelle feuille de route pour proposer des avants premiers arabes et africains.

Les quatre grands festivals mettent en lumière les productions les plus pointues, alors que le FIFM doit encore travailler sur les premiers et deuxième long-métrage pour les proposer en avant première. C’est un travail qui se prépare tout au long de l’année.

Quid : Quid de la participation de Mohcine Besri avec le projet (Une urgence ordinaire )? 

La présence des films marocains au Festival est importante dans la sélection officielle mais il n’y a pas que la compétition officielle. L’essentiel c’est que le public marocain puisse voir des films marocains.

Quid : Quels sont les défis à lever dans l'industrie cinématographique marocaine? Si vous pouvez donner une note sur 20..? 

Bilal Marmid : Le Maroc n’a pas encore acquis une histoire cinématographique dans le vrai sens du mot, parce qu’on est toujours en phase de développement et de construction.

Par ailleurs, cherchons à enterrer les défauts qui accompagnent le lancement du cinéma depuis le début du troisième millénaire. Ainsi, je ne peux donner une note du fait que le cinéma marocain devra passer à une vitesse supérieure à celle de son début. Certes, il y a des acteurs dans le domaine qui essayent de faire avancer les choses, mais pour l’heure, il faut créer la base de l’industrie à travers la création des salles, de renouveler les anciens salles, de penser à des projets petit/ multiplex.

L’expérience de ces dernières années a démontré que les multiplex sont en marche pour renouer la relation de fidélité entre le public marocain et les salles de cinéma. 

Partant de ce constat, le terme « l’industrie cinématographique » ne concerne pas le Maroc à ce moment, par contre on pourra donner une note d’ici 10 ans par exemple.

Quid : En tant que critique, quels sont les critères cinématographiques et esthétiques permettant d'évaluer les films ?

Bilal Marmid : Parmi les critères cinématographiques fondamentales, on note l’interprétation, la mise en scène, le scénario, la gestion d’espace, les sujets touchants, le traitement de l’angle d’attaque.

Par ailleurs, chaque jury évalue les films selon sa composition et selon son feeling et les repères de chaque membre, puisqu’il n’ y a pas un seul cinéma mais plusieurs.

Il s’agit d’une équation très simple : Si je regarde un film très bon qui valide ces critères cités auparavant, mais qui ne me cible pas mes repères cinématographiques et un film qui ne contient pas ces critères et qui appartient à une école cinématographique que j’apprécie,  il se pourrait que je n’hésiterai pas à choisir le premier. Le parcours inverse est vrai aussi.

D’une autre part, la question de subjectivité se pose quand le jury fait face à plusieurs metteurs en scène ayant un niveau très élevé. Excepté ce cas, le regard du jury ne se trompe pas dans la majorité du temps.

Quid: Vous avez récemment interviewé la légende américaine Robert De Niro sur l’émission FBM à l’occasion de son hommage.

Qu'est ce qui vous avez marqué le plus dans sa personnalité et la manière dont il parle de ses réalisations? 

Bilal Marmid : Robert De Niro est une personne honnête. C’est une personne qui ne mâche pas ses mots.

Ce qui m’a marqué le plus dans l’interview avec Robert De Niro, c’était la question portant sur sa connaissance des films marocains et les cinéastes marocains. Sa réponse était honnête et il a avoué en déclarant : « Je ne connais rien sur le cinéma marocain et je reconnais que c’est un défaut. Avant d’ajouter : j’avoue que mon ami Martin Scorsese quand il visite un pays, il fait des recherches. Ce n’est pas mon cas et je ferai des efforts parce que j’aime le Maroc ».

Ce qui m’a marqué aussi c’est sa réponse à la question sur la problématique de la migration et des réfugiés. Cette fois-ci encore, son point de vue était très clair. C’était un moment extraordinaire de l’avoir interviewé,  et il a bien aimé la caricature à la fin de l’émission. J’ai déjà interviewé des acteurs et responsables dans le domaine du cinéma qui ont boudé ces caricatures, par contre, je ne trouve pas les mots pour décrire la réaction de Robert De Niro.

Quid: Concernant l’émission FBM toujours, est-ce possible d’inviter Mohcine Besri, le réalisateur du film «  affaire urgente » à la lumière du FIFM ?

Bilal Marmid : Le débat est ouvert pour  tous les cinéastes marocains et étrangers et je ne me fixe pas sur une ou des personnes précises. La seule condition est de jeter la lumière sur le côté professionnel seulement.