Une quête de l’aujourd’hui dans l’hier (Par Naïm Kamal)

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Du texte de A. Bouabid relatif à la création de la Banque du Maroc, M. Doukkali a été extraire l’intemporel : le personnage bien sûr, qui transcende la personne, mais aussi et surtout l’esprit de Abderrahim Bouabid et d’une époque qui, dira-t-il, « n’a pas duré longtemps, hélas ! ».

1959 – 2019, 60ème anniversaire de la création des institutions publiques du développement. C’est l’intitulé que s’est choisie la Fondation Abderrahim Bouabid pour célébrer, dans une conjoncture qui appelle de profonds changements, l’œuvre de celui qui fut pour presque 17 mois vice-président du conseil, ministre de l’Economie nationale et des Finances. 17 mois qui ont vu le Maroc accélérer au pas de charge la construction institutionnelle de son Etat.

‘’L’année 2019 est marquée par la volonté exprimée par le Souverain de placer la révision annoncée du « modèle de développement » sous le signe d’une refondation du « contrat social »’’, écrit la Fondation Abderrahim Bouabid qui indique que cette « même année coïncide avec le 60è anniversaire de la création de plusieurs institutions phares du développement économique du Maroc ( Bank al Maghrib, la CDG, la BNDE, la BMCE, la Samir, etc). Institutions dont la création est étroitement associée là a figure d’Abderrahim Bouabid », personnage emblématique de la scène politique marocaine de son engagement dans le mouvement national en 1939 à son décès en 1992.

Fquih Basri, ABderrahim Bouabid et Mehdi Benberka

Il allait donc de soi d’attendre du débat organisé vendredi dernier une projection de la pensée et de l’œuvre de Abderrahim Bouabid dans l’avenir que tente péniblement le Maroc d’imaginer et de concevoir à l’invitation du Roi Mohammed VI. Si l’idée y était, les interventions auxquelles elle a donné lieu n’ont pas tous suivi.


Non pas que les exposants et les exposés n’étaient pas de qualité. Outre les traditionnels de la Fondation, Laarabi Jaïdi et Ali Bouabid, les gabarits répondaient aux exigences de la mission. Pêle-mêle, Hassan Chami (le ministre des années 70), Fathallah Oualaalou et Mohamed Achaari (deux usfpéistes de la première heure), Karim El Aynaoui (Policy center), Mohamed Benmoussa (Damir), Aïcha Akalaay (Ex Telquel), Amin Alami (CFG) et bien d’autres, un peu trop nombreux peut-être. Seulement les interventions se sont souvent adonnées plus à la célébration du personnage qu’à détacher de son action ce qui peut éclairer le futur.
Mission dont a tenté de s’acquitter avec beaucoup de subtilité un non-économiste, un non-financier : Mohamed Doukkali, professeur de philosophie à l’Université Mohammed V de Rabat. Du texte de Abderrahim Bouabid relatif à la création de la Banque du Maroc, il a été extraire l’intemporel : le personnage bien sûr, qui transcende la personne, mais aussi et surtout l’esprit de Abderrahim Bouabid et d’une époque qui, dira-t-il, « n’a pas duré longtemps, hélas ! ».

Il en retient ainsi l’esprit de décision, autrement dit de l’assumation, qui s’en dégage en contraste avec ce qui se passe actuellement. Ainsi que son corollaire, la motivation, car il ne s’agit pas seulement de décider, mais décider de quoi et pourquoi. Deux questions qui induisent une autre contenant sa propre réponse sur le coefficient actuel de la motivation dans ce que font et réalisent les Marocains quel que soit le secteur où ils opèrent.

Le cheminement intellectuel auquel s’est livré Mohamed Doukkali , qui ne perçoit ce que dicte la morale que comme contingences, le mène au sens du bien commun, synonyme de l’intérêt des gens, grand oublié de la « raison calculante » des analyses et plans. Cet oubli des gens fait que toutes les politiques, bonnes ou mauvaises, se valent.
`Pour compléter le triptyque qui sous-tend l’esprit du texte de Bouabid, et qui devrait présider à notre action, M. Doukkali introduit le degré de sincérité de l’action publique et politique. Coefficient physique et non pas moral, il est aujourd’hui tellement faible qu’il lui fait peur. C’est un fondement majeur au secours duquel il fait appel à Montesquieu qui souligne dans L’éloge de la sincérité : Quand Dieu aime une cité, il l’emplit de gens sincères, lorsqu’il veut la saccager, il la remplit de gens insincères.

Dans l’exercice quotidien cela donne le comportement de l’enseignant à l’égard de l’enseigné, du médecin à l’égard du patient, du chauffeur de Taxi à l’égard des passagers, du ministre à l’égard des citoyens, bref ces choses de la vie qu’on relève tous les jours qu’on en oublie combien elles sont plus qu’essentielles pour la société, vitales.