La visite du Pape, la bande à Qaradaoui et les marchands de l’ignorance

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Quand au fond de l’auditorium de l’Institut Mohammed VI pour la formation des Imams et Mourchidines et Mourchidates, le rideau se lève sur la scène, on ouvre un œil étonné sur l’orchestre philharmonique du Maroc. Très peu d’entre nous sont des initiés de la philharmonie et encore moins de l’Ave Maria Caccini. Le reflexe le plus naturel est d’aller chercher chez le premier « combleur de lacunes » dans l’urgence : Wikipédia.

Pour apprendre que « Les musicologues continuent de débattre sur l'éventuelle identité du compositeur demeurée inconnue. Différentes hypothèses ont été émises. La première hypothèse serait que l'Ave Maria aurait été écrit par Caccini à la fin de sa vie, souhaitant un renouveau musical. La deuxième hypothèse est que l'Ave Maria aurait été composé par l'un des élèves de Caccini. Comme il fut enregistré en 1970 par VladimirVavilov comme « Ave Maria - auteur inconnu du xvie siècle », une troisième hypothèse émergea : non celle de la redécouverte d'une pièce oubliée par un musicien faisant un travail de mémoire, mais celle d'un pastiche, d'une supercherie musicale, venant de Vladimir Vavilov lui-même, ayant subi l'influence de compositeurs italiens. Enfin, l'Ave Maria aurait pu être écrit par n'importe quel compositeur demeuré soit dans un anonymat volontaire, soit ayant eu peu de renommée à son époque, soit oublié de l'Histoire musicale ».

On est bien avancé. En même temps réellement bien avancé. Ce mystère des origines ajoute à l’envoutement de cet enchevêtrement des religions voulu, nous renseigne Telquel, en haut lieu pour marquer cette visite papale d’un son autre que celui des cloches hirsutes et enturbannées auxquels l’instant déplait grandement et met mal à l’aise. Un fourmillement plus fort qu’un frémissement, visible, parcourt la surface de ma peau lorsque la voix du Muezzin, Samahi Harrati, s’élève puis se mêle à celles de Françoise Atlan et de Caroline Casadesus.  L’Un prend toute sa valeur et occupe tous les espaces qu’il a créés par sa splendeur et pour sa propre gloire. Il est juif, chrétien, musulman. A moins que gens du livre n’ait plus aucun sens en Islam. Le Roi Mohammed VI et le Pape François semblent conquis par le même enchantement.

Ce soir-là j’ai eu envie d’aller à la mosquée.

Dieu est amour, a dit le Commandeur des croyants. J’allais dire que l’expression dans la bouche du souverain n’est pas très catholique. Alors qu’elle n’est que ça. Mais quel musulman, autre qu’un hermétiquement bouché, peut-il la renier ? Sauf à vouloir créditer l’idée de Dieu de l’Islam est haine que véhiculent les Finkielkraut et autre Eric Zemmour. Un certain Moataz (il sévit sur une chaine égyptienne) qui confond entendement et hurlement, s’inscrit dans cet esprit en contestant l’appel à la prière sur fond philharmonique. Alors même que par ailleurs il n’est pas suffisamment subtil pour saisir que la signature de l’accord sur Al Qods avec le Pape du Vatican qui a une autorité morale sur 2 milliards de chrétiens est une fine manière de remettre en cause le fait accompli de la reconnaissance de Jérusalem par Washington comme capitale éternelle d’Israël.

Anyway. L’accueil du Pape sous une pluie bénissant la rencontre sur l’Esplanade de Hassan a été un moment rare. La visite en elle-même un fait diplomatique de haut vol.  Mais avec ce chœur de trois religions on entrait dans l’unique et l’inexprimable. Et c’est heureux qu’il indispose la bande à Qaradaoui, un Sodome témoigne son ex-épouse algérienne, et à son factotum d’ici, Ahmed Rissouni. C’était fait pour.