L’initiative

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La crise n’est pas vécue de la même manière par tout le monde.  Pour certains, elle est vécue comme une opportunité à saisir alors que pour d’autres, et c’est la majorité, elle est vécue comme un enfer

Face à la crise (aux crises) qui nous rattrape(nt) de partout, il faut des alternatives pour ne pas sombrer dans la fatalité et tomber dans le désespoir. Les êtres humains sont dotés de suffisamment d’intelligence et de créativité pour ne pas subir passivement les crises multidimensionnelles auxquelles ils font face.  A longueur de journée, on entend parler de crises. Un terme qui se conjugue avec toutes les situations. A tel point que l’on se demande si l’humanité est condamnée à vivre avec. Citons pèle mêle : crise d’emploi, crise économique, crise financière, crise des valeurs, crise identitaire, crise culturelle, crise de l’éducation, crise de la famille, crise écologique, crise mondiale, crise agricole, crise de l’enseignement, crise de la santé, crise du logement, crise énergétique…Ces crises peuvent être conjoncturelles liées à un événement particulier ou structurelles liées au système  dominant.

Les crises conjoncturelles sont relativement faciles à résoudre. Elles ne nécessitent pas des remises en cause fondamentales. Il suffit d’agir sur les causes  qui les ont engendrées ou à la limite de laisser le temps au temps pour s’en occuper. Par contre, les crises structurelles nécessitent une action en profondeur et une remise en cause du système qui les génère. Par exemple, la crise de surproduction qui caractérise le système capitaliste ne peut être dépassée que par le dépassement de ce système et de sa logique productiviste qui consiste à produire toujours plus. Car tout ce qui est produit n’est pas nécessairement utile à la vie des  espèces humaines, animales et végétales. La surproduction se manifeste nécessairement par une surexploitation des ressources naturelles et un épuisement de ces dernières d’une part, et par un excès d’émission du gaz à effet de serre d’autre part.

Ce qui nous ramène à dire que la crise n’est pas vécue de la même manière par tout le monde.  Pour certains, elle est vécue comme une opportunité à saisir alors que pour d’autres, et c’est la majorité, elle est vécue comme un enfer et avec   des souffrances aigues. C’est à ces derniers qu’on doit penser en premier lieu. L’histoire retient toujours les noms des dirigeants audacieux qui réalisent de grands projets en vue justement d’alléger les souffrances de leur peuple. D’ailleurs, les peuples ne se mobilisent pas par des slogans creux et sans contenu. La parole est utile certes,  mais ce sont les actions concrètes qui sont le plus attendues. Comme par exemple déclarer la guerre à la destruction de la nature, à la paupérisation de la population, à l’enrichissement illicite et sans vergogne, aux injustices de toutes sortes.

Comme à chaque chose malheur est bon,  les crises sont des moments propices pour accoucher  du changement. C’est suite aux crises systémiques que le monde a changé progressivement. La souffrance peut être créative pour paraphraser Schumpeter. Mais encore faut-il qu’il y ait des projets rassembleurs autour desquels se mobilisent les gens afin de « tailler dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance » ( Martin Luther King).

Ne désespérons surtout pas. Prenons des initiatives individuellement et collectivement qui vont dans le sens du progrès social, de notre épanouissement en tant qu’êtres humains. Chacun de nous dispose d’une marge,  aussi étroite soit-elle, pour agir. Par exemple, face à la crise de notre système éducatif, l’Etat ne peut être rendu seul responsable. La société est dans son ensemble concernée. Nous avons produit dans le passé de beaux textes comme la Charte Nationale de l’éducation et de la formation. Nous disposons aujourd’hui d’une vision 2015-2030 élaborée par le CSEFRS, laquelle vision est déclinée dans une loi-cadre en cours d‘examen au parlement. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut des hommes et des femmes qui traduisent ces projets en actes et initiatives sur le terrain. Comme  l’a fait justement cette enseignante dans un établissement de Kenitra qui a été citée dans un rapport de la Banque Mondiale sur l’enseignement dans le monde publié tout récemment. Voici ce qui a été écrit à son sujet : « …Dans la salle de classe aux couleurs vives dont elle a elle-même peint les murs, cette enseignante utilise YouTube pour créer des outils pédagogiques grâce auxquels tous ses élèves apprennent et participent en s’amusant. Ici, chaque lettre de l’alphabet est associée au bruit d’un animal et à un mouvement. Quand elle prononce un mot, elle l’épelle à voix haute avec les sons et les gestes associés pour que les élèves l’écrivent. Elle peut ainsi facilement repérer les enfants en difficulté et adapter le rythme de la leçon pour leur permettre de rattraper les autres. Tous ses élèves sont attentifs et participent à la classe, sans craindre de se tromper. La volonté de cette enseignante est de veiller à ce que TOUS les enfants apprennent ». Saluons comme il se doit l’initiative et la créativité de cette enseignante dévouée à son métier.