Une poursuite déplacée

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Les cliniques privées ont pris la mouche et veulent poursuivre en justice le secrétaire général du ministère des Finances et de l’Economie, Zouhaïr Chorfi. Les assises de la fiscalité ! S’il y a une catégorie professionnelle qui a eu à subir cette appellation dans tous ses sens, c’est bien celle des médecins. La culture fiscale et la faconde du Dr Hassan Afilal venu défendre avec beaucoup de talent et de pugnacité la corporation n’y ont pas suffi. J’y reviendrai.

Pendant deux jours, vendredi 3 et samedi 4 mai, les assises de Skhirat ont été un rare moment de libre débat. Un vrai réceptacle des plaintes et complaintes. En plus des médecins, les commerçants de proximité et les syndicalistes ont été en première ligne. Le patronat n’a pas, lui, à en être trop mécontent.

Le premier mérite de ces assises, les troisième du genre, est d’exister, et il n’est pas dans leur finalité de ne faire que des contents. Si le lobbying a marché à fond, il n’a pas pour autant amputé ce cénacle des « imposants et des imposables » de ce qu’il devait être : un exutoire dans lequel l’ancien ministre des finances, Mohamed Berrada, a trouvé un aréna à la hauteur de son ego, où il a pu patiner à sa guise. Et pendant que de nombreux acteurs donnaient la mesure de leurs capacités rhétoriques, la cheville ouvrière de ces assises, Omar Faraj, directeur général des impôts, a fait plutôt dans la discrétion. C’est tout à son honneur, mais on aurait aimé l’entendre un peu plus. C’est lui tout de même lui qui est au four par 42° à l’ombre.

Les acquis des débats de Skhirat ont été suffisamment développés ici même par mon ami Abdeslam Seddiki pour que j’aie besoin d’y revenir. (cf. La fin de la carotte fiscale ?).       

Je me limiterai à l’équité fiscale que les assises ont prise pour thème. De par trop ambitieux à mon goût. Pour ne pas dire impossible dans l’état actuel des choses. D’où certaines frustrations qu’elles ont laissées derrières elles.

Si le consentement à l’impôt est un corollaire essentiel de la citoyenneté, il n’en est qu’un des corollaires. Une administration rigoureuse qui s’inscrit pleinement dans la philosophie qui a inspiré « le nouveau concept de l’autorité », proche des citoyens, transparente et incorruptible, en est un autre tout aussi incontournable. Outre ses prérogatives régaliennes et ses fonctions économiques et sociales, l’Etat dans son rôle de régulateur et de redistributeur des richesses est le troisième excipient de l’alchimie sur laquelle s’échafaude la vie en collectivité dans les sociétés modernes.

Aussi, si par moments les assises ont manqué de sérénité c’est en partie à cause de la réciprocité des reproches que les différents partenaires pouvaient se faire sans qu’aucun grief ne soit frappé d’illégitimité.

Lorsque, mais c’est juste à titre d’exemple, Zouhaïr Chorfi s’insurge contre les manquements du corps médical privé, il n’a pas tort sur le fond. C’est son emportement poussé par l’adhésion d’un auditoire applaudissant à tout rompre qui a alourdi l’atmosphère. Le modérateur, Thami El Ghorfi, pourtant excellent professionnel, n’a pas beaucoup contribué au calme des esprits en se départant souvent de sa neutralité.

Quand les médecins, mais ça aurait pu être tout autres imposables, se révoltent contre le trop d’impôts, ils ne sont pas entièrement infondés de le faire. Quand bien même leurs arguments ne tiennent pas tous convenablement la route. Mais s’il y a pour eux quelque chose à garder de ces assises, c’est qu’elles les ont mis en présence d’un large échantillon qui leur a donné à mesurer on live leur impopularité au sein de la société. L’arrogance qui pointe de leur argumentaire cadre mal avec le serment d’Hippocrate qu’ils ont prêté. L’urgence pour eux à mon sens c’est de se pencher sans délais sur ce qui leur donne une image si altérée au lieu de se perdre dans un procès déplacé contre le secrétaire général des Finances.

Reste que parmi les objectifs des assises, du moins je présume, il y avait la quête d’un consensus sur les droits et les obligations des uns envers les autres et vice versa. Et là je ne suis pas certain qu’on soit près du compte.