Une invitation à Eugène

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La petite histoire veut que c’est par défaut qu’Eugène Delacroix a débarqué au Maroc dans les valises diplomatiques que Louis Philipe 1er a confiées au Comte de Mornay, Charles-Edgar, pour neutraliser le Sultan Moulay Abderrahmane face à la conquête française de l’Algérie. Un compagnonnage qui devait revenir à un autre Eugène, peintre plus connu que lui à l’époque, de son nom Isabey.

Concours de circonstances et destinée se mêlant dans un même élan vont faire naitre l’Eugène Delacroix auquel les scories de ce monde mûr pour la colonisation n’ont pas pu subtiliser ce que sa nature a de pure et de sublime. 

La lumière de l’Afrique du Nord ne l’a pas ébloui, comme on a tendance à le dire par un usage à contre sens du verbe, mais l’a éclairé juste ce qu’il faut pour que les impuretés du temps, qui ont fait tant le bonheur des plumes de l’exploration coloniale, ne le détournent pas des splendeurs de civilisations à l’agonie.    

C’est peut-être cette délicatesse du regard et l’élégance de son trait qui expliquent l’intensité et la constance de la présence de Delacroix dans nos imaginaires. Mais combien sommes de Marocains à avoir eu le plaisir de savourer, fut-ce en photos, les toiles du maitre ? Abdejlil Lahjomri, autant que d’autres, plus que bien d’autres, a pu constater cette déficience et su décrypter « ces toiles qui ont révélé à une société précoloniale une émotion esthétique nouvelle, qui transcendait l’idéologie dominante de l’époque ». 

Les exposer au Maroc, un envie ardente qu’il exprimait en 2013. Aujourd’hui Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume, il se fait et nous fait enfin plaisir en organisant les 11, 12 et 13 septembre un congrès international sur LA PALETTE D’EUGENE DELACROIX 1832 – 1863. Ces trois journées, qu’ouvrira Mme Dominique De Font-Réaulx, conservateur général du Musée du Louvre, il les veut « un temps fort d’échanges et de réflexion dans un jeu de regards croisés, pour mieux comprendre l’artiste et son temps ». 

Le prélude sans doute aussi à cette grande exposition qu’il a toujours appelée de ses vœux pour satisfaire les « attentes d’un public avide de découvertes en donnant à voir ces toiles […] en les exposant, ici dans le pays qui en constitue la trame essentielle. »