Les néo fquihs et les oiseaux pyromanes

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C’est en détenteur du savoir de celui qui vient de percer les mystères de l’occulte que s’adresse le personnage à celui recueille religieusement ses révélations par des alléluias version musulmane. Il se prénomme, comme par hasard, Abd Adda-im (serviteur de l’Eternel) et explique le plus doctement du monde que les savants australiens viennent d’élucider un phénomène qui les a tant et longtemps préoccupé : des incendies qui se déclaraient et se propageaient sans raisons apparentes causant d’importants dégâts à la végétation.

Images vidéo à l’appui, il montre comment des oiseaux chipent des bouts de bois incandescents et les transportent à des endroits indemne de l’incendie pour propager le feu. Le regard empli de vénération, il précise que ce phénomène à peine découvert par les savants, a fait l’objet d’un hadith du prophète il y a 14 siècles.

Alléluia, lui fait en écho celui qui recueille religieusement ses propos. Qu’a dit le prophète ? Il aurait dit qu’il y a cinq animaux hautement nuisibles,  à tuer absolument fut-ce dans l’enceinte du sanctuaire mecquois : Le corbeaux, pauvre oiseau de la famille des Corvidés qui n’a pas été bien servi par son plumage noir, pourtant très beau, et son ramage faux, le scorpion empoisonneur, le chien enragé, le rat propagateur de la peste (à en croire Camus) et al-hida’a, un oiseau qui serait celui découvert pyromane en Australie.

En fait « il s'agit de milans noirs et de milans siffleurs. Ce sont des rapaces. Dès que l'incendie commence, ils se mettent devant les flammes et attendent que les rongeurs, les reptiles et les grenouilles sortent de leurs cachettes, effrayés par le feu. » Cette technique dont c’est  Dieu, en principe, les a dotés pour subvenir à leurs besoins, leur permet de se gaver de ces mets dont ils raffolent.

Abd Adda-im n’est que l’un de cette nouvelle espèce de néo prêcheurs qui ont opté pour le look costume cravate, rasage de près et after shave. Leur hobby consiste à guetter les découvertes scientifiques et à trouver leurs annonces dans le Coran ou les citations du prophète.

Peu importe si ce phénomène que les savants australiens n’ont mis au jour qu’en 2018, était connu des aborigènes. Plus important est comment se fait-il que notre prêcheur-youtubeur le bien nommé et ses ancêtres n’ont rien découvert sur 14 siècles du mystère que les savants australiens ont élucidé et comment sait-il, lui, que c’est de l’espèce sévissant en Australie qu’il s’agit ?

De cette quête des Abd Adda-im et consorts il faut retenir que le Saint Livre comporte un nombre important de passages ésotériques, rarement explicites, souvent métaphoriques ou sibyllins qui comportent les codes secrets de l’univers et témoignent de l’essence divine du Coran. Soit, tant le problème n’est pas dans l’exactitude, ou pas, de cette affirmation. Mais dans la carence des musulmans pendant 1400 ans à les décrypter par eux-mêmes, attendant que les scientifiques occidentaux, à l’insu de leur propre gré, les étayent pour nos prêcheurs qui en font le témoignage scientifique de l’existence de Dieu, qui ne leur a rien demandé, et la preuve de son omniscience qui n’a pas besoin d’eux pour se manifester chez les croyants ?