Les apprentis-puissances

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On a beau ne pas aimer le régime des Mollahs en Iran, de la même manière qu’on ne raffole pas des théocraties sunnites, le comportement occidental à son égard est plus qu’agaçant. 

Sous le règne de Barak Obama, ce que le monde compte comme puissances déterminantes - outre les Etats-Unis on y croise la Chine, la Russie, la France, le Royaume Uni et l’Allemagne – concluait le 14 juillet 2015 à Vienne un accord communément appelé nucléaire avec Téhéran. 

En vertu de cet accord, l’Iran permettait le contrôle de son programme nucléaire contre la levée des sanctions internationales. Contentes de l’aubaine, les puissances européennes accourent pour se tailler dans ce qui reste de l’empire perse le plus de parts de marché possible.

Le 20 janvier 2017, un nouveau César prend possession de la Maison Blanche. Moins de 15 mois après, le 8 mai 2018, Donald Trump dénonce unilatéralement l’accord et rétablit les sanctions. Les puissances (sic) européennes plient l’échine et retirent leurs billes qu’elles avaient commencées à placer en Iran, demandant aux Iraniens de prendre leur mal en patience le temps qu’elles puissent amadouer Washington.

Dépité, Téhéran s’est donné visiblement un délai avant de réagir. Un an, jour pour jour après la dénonciation du traité, les Iraniens ont commencé à reprendre l’enrichissement de l’uranium. Sans toutefois rompre entièrement les dispositions de l’accord. Mais, fait-on savoir dans la capitale iranienne, « on ne pouvait plus rester la seule partie à respecter intégralement sa part du texte sans que l'autre camp ne fasse quoi que ce soit ».

Pourtant c’est eux qu’on accuse péremptoirement de viol des accords, alors qu’il est clair que tout ce que cherchaient les Iraniens, qui étouffent sous le poids des sanctions, c’est de secouer le cocotier. Pour que l’immobilisme dans lequel se sont complu les puissances européennes, en dépit de leurs promesses, cesse, et afin que Washington revienne à de meilleurs sentiments.

Peine perdue ? On verra. Néanmoins, en allant ainsi chatouiller l’imprévisible ogre américain qui hante le monde, il est certain que Téhéran joue un jeu dangereux. En même, temps force est de constater que Washington hésite à sévir, fut-ce par des frappes punitives. Les Américains, qui n’ont pas trop l’habitude de s’embarrasser de droit international, ont même subi l’affront de voir l’un de leurs drones abattus sans montrer autre chose que de l’hésitation.

Peut-être que l’état-major américain prépare dans le secret des sous-sols du Pentagone quelques opérations dont il est coutumier. Mais ce qui est en train de se passer devrait inciter les autres apprentis-puissances régionales à mieux réfléchir leur approche géopolitique dans la région. Car il y a certainement mieux à faire que l’obstination dans une logique de confrontation dont aucun pays de la région ne sortirait vainqueur. 

On peut avoir dans son stock les gadgets les plus sophistiqués de ce que compte l’arsenal américain sans forcément avoir le dessus. La guerre du Yémen contre les Houtis a bien montré que la vraie guerre est autre chose qu’une promenade de santé ou une wargame sur une console de jeux.