La sortie peu glorieuse d’un coulissard

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A vaincre sans périls on triomphe sans gloire. L’aphorisme popularisé par Corneille dans le Cid, appliqué à Abdelaziz Bouteflika, prend une autre tournure : A vivre sans périls, on meurt sans gloire !

Je ne m’étalerai pas sur le récit de la guerre de libération de l’Algérie, et c’est bien volontiers que je céderai la parole à Saïd Saadi, ancien chef de fil du RCD, qui, en quelques lignes, résume magistralement cette usurpation à l’échelle d’un pays aussi immense que l’Algérie :

« La doxa officielle légitime l’arbitraire d’Etat du système FLN par deux contre-vérités originelles. Le pouvoir algérien serait le prolongement du combat libérateur et, pour soutenir cette usurpation, on définit l’ANP [l’armée actuelle] comme l’héritière de l’Armée de Libération Nationale alors qu’elle en fut le bourreau. »

« Héritier » et à la fois lieutenant et mauvais génie de Houari Boumediene, Abdelaziz Bouteflika, que le peuple algérien vient de déchoir, est l’illustration la plus criante du holdup historique que les pickpockets du clan d’Oujda, devenu face aux leurs des bandits de grand chemin, avait organisé et réussi contre les véritables artisans de la révolution algérienne.

Mais si Dieu est patience, il n’est pas négligence. De plus en plus il est admis que les fossoyeurs des résolutions du congrès de la Soumam (1956)* n’ont de combattants de l’armée de libération que le titre de moujahid subtilisé aux vrais militants à coups de kalachnikov n’hésitant pas, sans états d’âme, à dépêcher au royaume des morts ceux qui ont contraint réellement la France aux accords d’Evian.

Au premier balcon de ces usurpateurs, le président déchu a réussi le tour de survivre à tous ceux dont il a été le compagnon et, bien mieux, à accéder à leur place au firmament de l’Etat d’où il faisait croire avoir été l’artisan de la paix alors que l’armée des janviéristes, qui ont conduit la guerre civile (1992 – 2000] contre les islamistes, avaient vaincu leurs adversaires bien avant l’avènement, par leur volonté, de Bouteflika.

Son grand exploit reste cependant d’avoir réussi à dissimuler qu’en accédant au pouvoir suprême, il avait atteint son plafond de verre. Coulissard, pour utiliser un qualificatif du français québécois, celui qui vient de sortir de l’histoire a vécu et survécu par son goût immodéré pour la combine et sans absence totale de scrupules et de conscience. Même pas la mauvaise.

*Primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur