Ce général qui peut faire rêver les Algériens

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On ne connaît pas son âge, mais le général- major à la retraite, Ali Ghediri,  tranche dans la galerie des éléphants qui gouvernent l’Algérie. En présence de Abdelaziz Bouteflika, Gaïd Salah, Ahmed Ouyahya et autres gérontocrates, Ali Ghediri dégage une fraîcheur inhabituelle dans les couloirs du pouvoir algérien.

Ce général sans panse, au visage émacié, aux cheveux coupés ras et à peine grisonnants défraie la chronique depuis qu’il a publiquement défié l’establishment en annonçant sa candidature à la présidence de son pays avant même de savoir si le président en place, objet de toutes les sanctifications, se présenterait ou pas.

Quelques semaines auparavant, il avait adressé une lettre ouverte à « ses aînés » où il a fait le procès sans concessions d’un régime qui a conduit à ses yeux l’Algérie à la faillite économique, politique et géopolitique. Il n’en était pas à son premier essai.

Déjà en 2017, juste après sa mise à la retraite anticipée qui, à l’en croire, fut à sa demande, il avait opéré une sortie publique pour « défendre son honneur » et celui de ses amis. On pouvait alors craindre pour lui une mise au pas à l’instar de ce qui fut fait avec le général Hassan, ancien chef de la lutte antiterroriste ou encore le général Hocine Benhadid, ancien chef de la 3ème région militaire, tous deux hiérarques et tous deux jetés en prison.

Dans sa riposte, le chef d’état-major de l’armée, le général corps d’armée Gaïd Salah avait bien brandi la menace en évoquant la loi imposant l’obligation de réserve aux officiers à la retraite, mais sans joindre le geste à la parole.

A Alger on rappelle bien qu’il est tombé en disgrâce au même moment que plusieurs généraux de l’ex-DRS, qui contrôlait la sécurité extérieure et intérieure, pour souligner sa proximité avec l’homme qui a été pendant de longues années le tout puissant patron des Services, le général Mohamed Lamine Mediène dit Taoufik. Et on n’y est pas loin de voir dans ce « jeune » général que ses pairs encore en exercice semblent sous-estimer, le porte-étendard des officiers supérieurs évacués sur les vestiaires au cours de ce quatrième mandat de Abdelaziz Bouteflika.

Son programme électoral est encore sans contours et sans teneur. On en saura sans doute un peu plus le moment venu. Mais le discours qu’il a tient au pouvoir en place a de quoi séduire plus d’un Algérien. II  promet « la fondation d’une nouvelle république sur la base d’une réelle refondation démocratique et d’une totale reconfiguration institutionnelle dans le moule d’un projet de société moderniste, dont la définition et la mise en œuvre reviendront au peuple ».

Si ce n’était l’Algérie et ses besoins immédiats, on n’y verrait que les grands titres d’un candidat d’un pays du tiers monde, des engagements qu’aucun chef d’Etat une fois en place ne tient généralement. Mais c’est un peu trop tôt pour juger de  sa crédibilité d’autant plus que les Algériens guettent l’homme providentiel.

Ce qu’ils ont besoin de savoir maintenant c’est si ce général téméraire est un candidat sérieux capable de tenir la distance et le challenge ou un chauffeur de salle dont le rôle s’arrêtera avec la fin des festivités.